Heidegger - Etre et Temps (4)
Cassirer et les théologiens mettent en cause l’ontologie heideggérienne par le biais du problème de l’anthropologie de l’être. L’être de l’homme demeurerait une représentation malgré l’accent mis sur l’ontologie.
L’essence du Dasein (p.212) ne réside ni dans une substantialité ni dans une présence. Pour Heidegger, la substance de l’homme est l’existence, c’est l’être pour la mort.
Question de la vérité : « a-leithéa » = non-occultation (p.215). Heidegger s’insurge contre toute idée traditionnelle de la vérité, c’est-à-dire l’adéquation entre les choses et l’intellect. Il y a un acte de dévoilement (p.217) qui va vers la chose même. Il s’agit de sortir de ses représentations. La chose n’est pas une représentation mais entre dans un processus de dévoilement de la vérité. La chose fait partie de la structure même du Dasein. La vérité est un dévoilement de la chose. La vérité, c’est faire voir la chose dans son être découvert ; c’est dévoiler le monde et la chose en sortant de la conscience et des représentations. S’ouvrir à l’objet, dévoiler l’étant, c’est en même temps opérer une synthèse temporelle. Cette synthèse est possible parce que l’être du Dasein est fini. La finitude du Dasein permet de dévoiler l’étant.
« L’être vrai comme être découvrant… » (p.220) : l’ouverture est le mode fondamental du Dasein comme compréhension, affection et parler. C’est seulement avec l’ouverture du Dasein que le phénomène le plus originaire de la vérité est atteint. Le Dasein est dans la vérité. La constitution existentielle du Dasein contient l’ouverture de l’être le plus propre.
Le Dasein est aussi dans la non vérité du fait qu’il est absorber dans son propre monde, aliéné par son mode d’être inauthentique (fascination des préoccupations, éloignement de nous-mêmes par l’absorption dans un monde de captation). L’inauthenticité est une pensée de l’arrachement au fait d’être absorbé (nous sommes rivés à l’être dira Lévinas).
La vérité d’une chose se dévoile à partir d’un fond d’obscurité. L’étant se dévoile mais n’est jamais complètement dévoilé. Le Dasein est toujours dans un mélange de vérité et de non vérité. L’étant se dégage à partir d’une structure de mondanéité.
Le mode d’être de la vérité et la présupposition de la vérité : en tant que constitué dans l’ouverture ; le Dasein est essentiellement dans la vérité. L’ontologie de Heidegger va au-delà de l’anthropologie. Toute vérité (p.227) est relative à l’être du Dasein. Cette relativité n’est pas pour autant subjective. La vérité, comme mode d’être du Dasein qui se libère de l’état inauthentique, met à jour l’être sans être soumise à la subjectivité. La vérité n’est ni extérieure ni supérieure à nous. C’est la vérité qui présuppose l’être du Dasein et non l’inverse. L’affirmation de « vérité éternelle » (p.229) constitue un résidu de la tradition théologique chrétienne qu’il s’agit de déconstruire. Il n’y a d’être qu’autant que la vérité est. La vérité et l’être ne sont pas à dégager du Dasein mais appartiennent à l’être même du Dasein.
Ernst TUGENDHAT → sur la question de la vérité chez Heidegger.
La question du temps est introduite avec la question de l’être pour la mort.
- La mort
- La culpabilité
- La conscience morale
Question de la moralité : le Mal n’est pas seulement une privation du Bien comme chez Saint Augustin. La moralité est liée à l’authenticité (ce qui est propre). Pour Léo Strauss, la philosophie heideggérienne est essentiellement une philosophie morale qui ne veut pas l’avouer. La question morale chez Heidegger dépend du langage. Heidegger établit une distinction entre Gewissen, la conscience morale et Bewusstsein, la conscience.
Délimitation de la question de l’être : seule l’ontologie fondamentale est habilitée à dégager les fondements de l’être. Heidegger exclut de cette analyse de l’être les sciences humaines (sociologie, anthropologie, psychologie) et la biologie.
Problème de la mort chez Heidegger dans Temps et récit, vol.3, de Paul Riœur. C’est par la notion de la mort que Heidegger introduit le problème de la temporalité.
Qu’est-ce que la temporalité ? Il s’agit de dégager les enjeux temporels de l’analyse fondamentale du Dasein par une analytique existentielle qui s’assure de la constitution originaire du Dasein. C’est à partir de l’origine que la totalité du Dasein devient intelligible. La quotidienneté se dévoile comme mode de la temporalité. Le Dasein est historial au fond de son être.
D’où vient l’expérience du temps ? Le temps est une condition de possibilité de l’expérience (reformulation de l’a priori kantien). Le souci a besoin de temps. La temporalité du Dasein élabore un compte du temps. L’expérience du temps doit être ramenée à un niveau ontologique plus originaire. Le temps est antérieur à toute expérience. Le Dasein opère une synthèse des différents modes du temps ; c’est à partir de cette synthèse des « ek-stases » que l’on peut élaborer un compte du temps. Les modes de temporalisation sont les conditions a priori de toute expérience du temps. Les modes de temporalisation vont être synthétisés pour expérimenter le temps public. C’est sur la base de la finitude humaine que l’ouverture au monde s’effectue. Il faut penser la temporalité par rapport à la mort. Le temps public présuppose la finitude temporelle. La synthèse temporelle est possible du fait de l’être fini.
| être | temps | temporalité |
| monde | histoire | historicité |
L’expérience du temps doit toujours être ramenée à un a priori qui est la condition de possibilité de la synthèse temporelle. Il s’agit de ramener l’expérience temporelle à un état antérieur à cette expérience, à un moment plus originaire. Il en va de même avec l’histoire (au niveau du monde) qu’avec le temps (au niveau de l’être). L’histoire renvoie toujours au mode de temporalisation du Dasein. Le Dasein est une expérience du temps parce qu’il existe en tant que temporalité, il temporalise. Le Dasein le verbe du temps. De la même façon, le Dasein est historique dans son être car il opère une synthèse du temps. L’historicité originaire rend possible l’histoire du monde.
L’historicité relève de la temporalité du Dasein. L’ontologie fondamentale heideggérienne pense toujours à partir de la temporalité et de l’historicité les catégories de temps et d’histoire, et non pas l’inverse.
L’expérience du temps et la synthèse du temps implique la finitude humaine. Ce n’est pas la mort en tant que telle qui est l’objet de l’analyse heideggérienne mais plus précisément la finitude. La mort marque l’être et la temporalité à son niveau le plus originaire ; la mort est d’abord être pour la mort. La mort se caractérise par trois propriétés :
- La mort est non représentable. L’individu est seul à pouvoir assumer sa propre mort.
- La mort n’est pas dépassable.
- La mort n’engendre pas de rapport avec autrui.
Le Dasein est le fondement fini de l’homme. « Plus originaire que l’homme est le Dasein en lui ».
Ce qui est public, le On, c’est ce qui perdure au-delà de la singularité, de l’être-pour-la-mort. Le mode d’être public du temps est la subsistance, la perdurance. Le On public ne meurt jamais. La structure même du rôle public (le On) est fondée sur le temps public, le temps comme condition de possibilité de tout extérieur.
La mort est le fondement de l’ouverture au monde. Le On cherche toujours à détourner le Dasein de la question de la finitude et du Néant. L’inauthenticité par excellence est le fait de se détourner de la question de sa propre finitude.