Heidegger - Etre et Temps (3)
La facticité et l’affectivité revêtent une tonalité temporelle dans le sens où la singularité porte la marque du passé. Cette tonalité temporelle pointe vers la finitude, l’être-pour-la-mort. L’ouverture du Dasein implique les trois structures (affectivité, compréhension, parole) dans la synthèse du monde. Ces trois structures renvoient fondamentalement à l’être du Dasein – le souci.
Au niveau ontologique, chaque être existe au niveau de sa propre singularité qui appartient à l’être-au-monde du Dasein. L’être-jeté implique un détournement par rapport à notre propre être. L’histoire singulière (ontique) nous conduit à oublier qui nous sommes réellement, concrètement, ontologiquement. De même, l’affectivité primordiale nous porte à esquiver l’être que nous sommes et à oublier la question de l’existence.
L’affectivité prévoit la faiblesse de l’homme qui est l’être-pour-la-mort. L’affectivité n’est pas simplement une ouverture au niveau ontique, mais elle laisse entendre la finitude humaine (l’être-pour-la-mort) au niveau ontologique. L’affectivité est une ouverture au monde qui est en même temps une compréhension. Il ne s’agit pas d’une compréhension du sens commun, de l’être sensible. Tout cela est secondaire pour Heidegger. Ce qui est fondamental, c’est que l’affectivité oriente les sens. Les sens dépendent de l’affectivité ; les sens se déploient à partir de la manière dont je me sens. C’est pour cela que l’affectivité est aussi compréhension du fait qu’elle ouvre l’être du Dasein au monde en le jetant dans le monde. On est jeté à partir d’un passé ; tandis qu’on est projeté vers un avenir.
La peur comme mode de l’affectivité. Lien entre peur et angoisse.
Le souci est le fondement du Dasein.
La peur est toujours dirigée vers quelque chose qui nous fait peur. La peur a le caractère de la menace ; elle vient de quelque chose de perçu, ressenti comme redoutable. La peur est dirigée vers un danger déterminé alors qu’il n’y a pas de détermination de l’angoisse. L’angoisse est indéterminée. La peur nous ouvre au monde alors que l’angoisse nous repli sur nous-mêmes. L’angoisse est l’« ouverture au néant ». La peur est une ouverture au monde qui est toujours accompagnée de compréhension.
La parole, l’affection et la compréhension sont co-originaire et appartiennent à une même structure fondamentale. La compréhension est toujours mêlée à une affection. La possibilité même de l’ouverture au monde doit passer par une affection, par le sentiment.
Le repli du moi sur lui-même devant le néant ouvre le Dasein sur son être le plus propre. Heidegger opère une distinction entre la peur – qui peut être psychologique – et l’angoisse qui ouvre sur la question de l’être. Heidegger met l’accent sur la possibilité – et non sur la réalité ou la nécessité. Par là, il se détache des conceptions traditionnelles concernant la nature de l’être. La possibilité, c’est ce qui n’est pas encore effectif et pas forcément nécessaire. Au niveau ontique (les « catégories » chez Aristote et Kant), le plus fort de l’être, c’est la nécessité, puis le réel, enfin la possibilité – qui recèle un moindre degré d’être. Au contraire, chez Heidegger, au niveau ontologique, c’est la possibilité qui est la plus originaire, la plus proche de l’être. Heidegger renverse l’ordre des catégories mentales. L’être possible c’est ce qui m’ouvre à chaque instant à l’être-pour-la-mort, sur la finitude. La possibilité, par le biais de l’angoisse, ouvre sur la finitude et crée les conditions de possibilité d’une saisie temporelle de l’être. La possibilité libère une temporalité propre au Dasein dans son angoisse existentielle, son être-pour-la-mort. « Le Dasein est constamment plus qu’il n’est factuellement. (…) En revanche, il n’est jamais moins qu’il n’est fictivement ».
« Devient ce que tu es ».
La compréhension est toujours orientée vers l’avenir :
- Avoir quelque chose à faire
- L’attention (anticipation, regarder avant de faire)
- Concevoir, capter (saisie conceptuelle par anticipation)
Le « comprendre » revêt toujours le caractère d’une anticipation. La compréhension présuppose déjà une certaine manière d’aborder les choses comprises. Il y a une préconceptualisation (un outillage mental) conceptuelle a priori que l’on apporte avec soi dans l’acte de comprendre. Il y a toujours un contenu mental pré-réflexif (sentiment, savoir, souvenir, affection du corps et de l’esprit). Le sens est le « vers quoi » à partir duquel quelque chose devient compréhensible. Seul le Dasein est « sens » qui est toujours un sens de l’être. Tout ce qui n’a pas la manière d’être du Dasein n’a pas de sens. C’est le Dasein qui contient le sens. Toute compréhension se déploie à partir d’une existence concrète, individuelle. Toute explicitation dépend d’une structure sous-jacente à partir de laquelle, sur laquelle la chose prend sens. Le sens n’est donc pas dans la chose mais dans l’être.
Ce qui est inauthentique, c’est de se comprendre à partir du monde. La compréhension authentique est donc une compréhension qui se fait à partir de l’être du Dasein, là où le Dasein puise à la source du sens originel, premier.
Le « parler » (Rede) : Pour Heidegger, il n’y a pas de langage mais uniquement du « parler ». Le « parler » implique toujours l’affection et la compréhension, même de façon implicite, inconsciente. Le « parler » c’est l’articulation de la compréhension.
Le « parler », dans sa structure quotidienne est appelé « bavardage » (Gerede).
Dasein est au monde
Monde = mode d’être du Dasein
Alors, où est le monde ?
Le monde semble disparaître derrière l’analyse subjectiviste.
Quel est donc le statut du monde extérieur ?
Heidegger réfute l’idéalisme kantien (p.204)
Sans le monde extérieur, une prise de connaissance de soi-même serait impossible. Il faut une référence permanente, quelque chose permanent, qui perdure. La connaissance de soi a besoin d’une référence extérieure stable ; cette référence doit se situer dans l’espace. La connaissance de soi présuppose le monde extérieur.
Dilthey, Essai sur la réalité du monde extérieur (notion d’histoire)
D’où vient notre croyance en un monde à l’extérieur de nous ; cette croyance est-elle justifiée ? (p. 201)
Le Dasein a besoin de se comprendre à partir du monde. L’espace extérieur apparaît comme le cadre permanent. L’être du Dasein est d’emblée orienté vers une compréhension de soi à partir du monde.
Heidegger (p.203) rapporte le Dasein à l’être fini de l’homme alors que Kant le comprend comme l’être subsistant.
La réalité comme problème ontologique : Heidegger met en question Dilthey (p.209). il y a quelque chose en dehors de moi qui résiste à ma volonté. La connaissance de soi est en même temps une prise de conscience à partir de la résistance que produit le monde extérieur. La réalité extérieure apparaît comme résistance ou plutôt comme résistivité. Heidegger s’oppose à Dilthey et à Schopenhauer. Le phénoménalisme de Dilthey signifie que tout se passe à l’intérieur de l’esprit. Nous sommes enfermés à l’intérieur d’un monde de représentations. Heidegger veut sortir de l’impasse d’une philosophie qui s’est renfermée dans le domaine des représentations. La philosophie ne peut plus parvenir à une saisie de l’être, d’une res. Cette philosophie est renfermée dans un monde de phénomènes.
La différence ontologique entre l’être et le temps est le seul moyen pour sortir de cette impasse. L’être au monde, pour Heidegger, n’est pas enfermé dans un monde de représentation. L’ouverture aux choses singulière s’effectue à partir d’une saisie de l’être.