Heidegger - Etre et Temps (6)
Interprétation vulgaire de la conscience
Leben = vie
Erlebnis = expérience vécue, expérience immédiate, intérieure
Erfahrung = expérience par étape, expérience acquise
Heidegger est très critique à l’égard de ce terme Erlebnis, l’expérience intérieure de la conscience. « La conscience a essentiellement une fonction critique » (p.295). La conscience veut se détacher de la conscience du monde ; elle veut se dégager du processus de l’engagement mondain.
Heidegger dégage une temporalité qui ne peut être la temporalité de la préoccupation. Il dégage un niveau ontologique d’analyse de la dette et de la conscience dégagée des rapports mondains. Pour Heidegger, il ne faut pas considérer la conscience comme rétrospection sur un acte mais plutôt comme prospection. Le problème de a conscience est celui d’un appel du Dasein qui permet de se dégager de l’oubli de l’être dans les préoccupations quotidiennes, vers la finalité de l’être-pour-la-mort. La conscience existentiale est un rappel vers l’être le plus propre du Dasein.
En premier lieu, la « décision » est de se dégager du On pour revenir à son être le plus propre. La « résolution » donne au Dasein sa translucidité authentique. La situation est le « là » à chaque fois ouvert dans la résolution ; la situation trouve son fondement dans la résolution. « La situation n’est que par et dans la résolution ». La situation est le contexte dans lequel le choix de revenir à l’être, la décision, peut être prise.
L’angoisse nous permet de nous détacher de la structure du monde et de nous replier sur notre être le plus propre. C’est par le biais de l’angoisse que nous débouchons sur le thème du néant. L’angoisse nous ouvre à notre être le plus propre par ce sentiment d’étrangeté. Le phénomène de l’angoisse permet de faire voir au Dasein la facticité de son mode inauthentique d’être-au-monde.
« La Dasein est toujours déjà au-delà de soi » ; c’est l’être en avant de soi du Dasein. L’être est au-devant du Dasein. Heidegger désigne le souci comme phénomène ontologique (p.193). Le souci est le fondement de l’ouverture a monde. Le souci embrasse l’unité de ses déterminations d’être (facticité, existence et échéance ou déchéance, chute). Ce qui donne unité à cette triplicité c’est le souci. L’existentialité s’oriente vers le futur ; la facticité vers le passé ; et l’échéance vers le présent. L’unité des trois permet de dégager les rapports entre être et temps. Le souci est antérieur aux phénomènes psychologique, le souci précède l’ontique. Cette antériorité du souci le place au fondement du Dasein, dans l’ontologie. Le souci est le moment synthétique qui intègre les trois moments de l’être du Dasein, chaque élément incorporant sa temporalité propre : le futur pour l’existence, le passé pour la facticité et le présent pour l’échéance. Le souci ouvre l’horizon de la temporalité.
Le souci comme être du Dasein est, dès la première partie, défini à partir de structures temporelles sous-jacentes et implicites (« toujours déjà », etc.)
L’« être déjà en avant de soi dans un monde » caractérise la futurité.
L’« être auprès » caractérise la facticité.
L’ipséité est constituée à partir de la dissimulation du Dasein par rapport à lui-même. La plupart du temps, le Dasein n’est pas lui-même, son être est occulté par le On. La constitution de l’ipséité chez Heidegger dépasse la problématique traditionnelle dans la perspective de la construction d’une ontologie du Dasein. Le soi relève des « extases », des actes de temporalisation. L’ipséité relève du souci, des trois modalités de l’être du Dasein. L’ipséité est le résultat de la temporalisation et non le fondement. Heidegger s’écarte de Kant et de Husserl car il situe l’ipséité dans l’ontologie et non dans l’ontique. Le fait de « tenir ensemble » les différents moments de soi-même, c’est-à-dire la constitution de l’identité, n’est pas le fait de la conscience mais de l’affectivité fondamentale, à savoir le souci. Le souci est pensé comme une ouverture à l’être de la temporalité du Dasein. C’est ce qui a été négligé par la tradition qui explicite toujours l’ipséité au niveau de l’ontique, tant chez Kant que chez Husserl.
La temporalité comme sens ontologique du souci
Le sens est ce ou se tient la compréhension, une direction vers le possible. La quête de sens est rapporté au temps, à la synthèse temporelle de l’être par le biais du souci. L’extase est le mode de temporalisation du Dasein.
Introduction de la problématique du temps : le Dasein est ouvert par le souci à son existence. Le sens de l’être ouvert, du souci, constitue originairement l’être du pouvoir-être. Le souci permet le passage de la question de l’être que je suis (ipséité) à la question de l’être en tant que tel (Dasein). Il s’agit bien d’une ontologie. C’est à partir de mon être comme souci qu’on atteint l’être et le sens de l’être comme temps.
Heidegger donne une dimension à la temporalité de l’avenir. La futurité, la projection vers le futur n’est pas une attente mais un « laisser advenir à soi » la possibilité la plus propre. L’authenticité est pensée par rapport au futur tandis que l’inauthenticité est pensée par rapport à la présentification. C’est dans le mesure que nous existons à partir du futur qu’il est possible de s’approprier le passé grâce au fondement de l’être, le souci. A partir du souci, la synthèse de moi-même, de l’ipséité, les différents modes du temps sont liés de manière authentique ou inauthentique. Les extases temporelles constituent une unité donnée à partir de deux modes d’interprétation. La futurité donnée la possibilité la plus propre, comme être-pour-la-mort. L’existence à partir du futur est toujours déjà une existence comme être-jeté dans un monde. Les trois extases de temporalisation sont pensées à partir de deux possibilités différentes. Il y a deux manières de lier le futur et la présentification, l’être-jeté dans un monde : la manière inauthentique et celle authentique. L’ipséité se constitue à partir du souci. Les trois extases temporelles sont à penser en terme de « lien ». Le « je suis » se constitue à partir de a manière dont je relie la temporalité pour en former une synthèse constitutive de l’identité.
Conscience de soi = tenir ensemble.
Heidegger s’écarte de l’interprétation lockienne et kantienne autant que celle de Husserl. C’est par le biais de la temporalité elle-même que Heidegger parle de la cohésion de soi, à partir du souci comme être du Dasein qui effectue le lien entre les différents moments de soi.
La conscience de soi c’est le maintien de soi-même caractérisé par la constance et la solidité. Ce n’est pas la mémoire (Locke) ou l’unité pure comme possibilité de toute expérience (Kant) qui détermine la constitution du moi. Le « je » renvoie toujours à un fondement – qui n’est pas la conscience – mais le souci. Le souci s’ouvre également au monde. L’authenticité exige une mise à l’écart préalable de la parole (ré-ticence) car le fait de dire « je » montre l’engagement, l’insertion dans le monde. Le « je » s’enracine dans le souci. C’est à partir du souci que le Dasein s’ouvre vers la temps. Cette double manière de construire l’existant temporel chez Heidegger confère une grande importance à la projection vers le futur.
L’analyse du temps est en même temps construite à partir d’une analyse du langage (Cf. le futur → on laisse advenir le temps). Le phénomène originaire de l’avenir est le « laisser advenir à soi ». L’avenir fait advenir le Dasein à soi comme être le plus propre.
L’inauthenticité c’est le présent qui nous éloigne de notre propre être par la préoccupation quotidienne. Heidegger accorde une priorité au futur – non pas comme actualité – mais comme possibilité. Le futur n’est pas pensé comme extension du présent, comme modelé par le présent mais comme une projection vers la possibilité la plus propre du Dasein. La priorité accordée à la futurité est destinée à nous détourner, à nous détacher des préoccupations du présent. C’est le futur – comme possibilité existentiale – qui prime sur le présent.
La résolution constitue la modalité du souci authentique. La résolution c’est la capacité de s’arracher des préoccupations quotidiennes, de choisir un mode d’être qui permet à la possibilité la plus propre d’advenir. La résolution est pensée comme arrachement, non pas du monde quotidien, mais des préoccupations de l’être-au-monde. « L’unité originaire de la structure du souci réside dans la temporalité. » La résolution est toujours devançante car l’arrachement se réalise en vue d’un futur, par anticipation.