La pensée comme commencement

Publié le par Jahman

Thierry de Freiberg (1250-1320), mystique allemand influencé par Albert le Grand et Maître Eckhart, avait déjà eut, en son temps, l’intuition profonde que la réflexion est le commencement autant que l’origine de tout et notamment de la contemplation divine. R. Misrahi reprendra pour une grande part son enseignement, dans son livre Lumière, commencement, liberté. Leur 2 thèses sont en fait très proches l’une de l’autre même si Misrahi, contemporain du 20ème s., va plus loin, et, de par sa terminologie, est d’autant plus explicite, compréhensible qu’il fonde toute sa réflexion, sa thèse, et par-là son « argumentation », son exposé sur le plan de son œuvre.

 

Devenir philosophe c’est donc recevoir l’illumination, avoir l’intuition, où tout simplement prendre conscience que la réflexion fonde le premier et véritable commencement de toute philosophie dès qu’elle a pour objet elle-même. Pour Misrahi, il existerait deux manières de provoquer la réflexion – du commencement :

 

Ø      L’expérience mystique d’un Plotin ou d’un Eckhart

 

Ø      La métaphysique ou le trvail de réflexion sur l’homme

 

J’en ajouterai une troisième :

 

Ø      L’expérience visionnaire d’un Aldous Huxley par exemple.

 

De ces trois formes « pures », « archétypales » en mesure d’apporter à chacun – sous condition d’un travail individuel, intérieur, sur soi – la Vision de Dieu, c’est-à-dire de « soi-même intérieurement », découle et se greffe autour une multitude d’avatars plus ou moins pervertis et dégradés (morales, dogmes, religions, doctrines, « sagesses », croyances populaires…). Connaître Dieu c’est être soi pour soi, par soi, dans soi. Ce triple mouvement de réflexion, réfléchissement, retournement, est le véritable commencement dans le sens où l’intellect agent s’illumine à la pointe de l’âme, pour paraphraser la mystique rhénane. L’intellect agent est bien cette conscience d’être (Thierry de Freiberg) au Fond de l’âme, l’image de Dieu.

 

Si la philosophie, la réflexion sur soi, est personnelle et individuelle, c’est qu’elle est une production de l’intellect, une évolution de la conscience dans un mouvement intérieur / par un travail intérieur, forgé par une accumulation d’expérience qui forment la vie même de l’être.

 

Cette production purement intellectuelle peut être livrée à autrui mais uniquement comme témoignage, sûrement pas comme prêt-à-penser, comme modèle ou vérité « une et définitive ».

 

En outre, la production littéraire, la « suréflexion » de l’écrit (R. Misrahi) est une manière proprement humaine de s’immortaliser en laissant une trace dans l’histoire, une marque dans le temps, la preuve de son existence dans le passé qui perdure dans le futur. L’individu ainsi intégré à l’Histoire, au temps cosmique et mythique s’offre une part d’éternité qui le rapproche du statut divin, sans pour autant l’acquérir ontologiquement ( = substitut, prothèse). Car l’homme ne peut être – vivant – l’Un, fondement de Tout. Il n’est qu’une infime partie, fragment de ce Tout, et une fois mort, il réintègre ce Tout qui est la vie même, le Moi n’ayant plus d’existence réelle.

 

Mais alors, qui suis-je quand je produis une réflexion philosophique ? Qui peut véritablement créer une pensée, forger une idée ? Plusieurs hypothèses s’offrent à nous :

 

1.      Dieu, et l’homme est Dieu

 

2.      Moi et uniquement moi

 

3.      L’inconscient

 

4.      Un esprit, une âme, un flux ou une énergie qui n’est ni moi, ni l’inconscient mais un produit de la nature

 

5.      Le Soi, mais qu’est-ce que le Soi

 

6.      Autre chose encore ? Des combinaisons entre ces agents ?

 

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H
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