Philosophie du monde quotidien (1)
PHILOSOPHIE DU MONDE QUOTIDIEN
Le quotidien est toujours un mixte d’absolu et de relatif, de commun et de personnel ; et cet équilibre est nécessaire à l’adaptation.
Le monde quotidien est souple : adaptation mimétique de l’homme à une coutume, à un quotidien. La souplesse du monde quotidien qui permet à l’homme de s’adapter à un nouvel environnement, à une nouvelle situation, à un nouveau mode de vie, est directement liée au maintien de l’équilibre entre le commun et le personnel.
Husserl conçoit le monde quotidien comme un monde d’une validité qui est à la fois relative et pratique (survie, adaptation à la vie). Ce monde de la vie quotidienne est historique et relatif. Ce monde quotidien, historique et relatif a pour vocation d’être le fondement de tous les autres mondes. Ce monde pré-scientifique, pré-théorique, pré-linguistique, qu’est la quotidienneté est le fondement de tous les mondes (culturels), notamment du monde scientifique lui-même. Le monde quotidien, relatif, a paradoxalement valeur de fondement. Pour Husserl, toutes les sciences peuvent être ramenées au monde quotidien. Comment la quotidienneté peut-elle avoir valeur de fondement alors qu’elle est elle-même mixte, relative, précaire, fragile, mouvante.
Le monde quotidien est le monde de la coutume, il a pour vocation de fonder les mondes scientifiques. Or, ce monde est variable, et prétend fonder les sciences, qui sont, elles, invariables. Le monde quotidien, pré-scientifique et même pré-logique, est lui aussi transformé par les sciences et les techniques.
La science, en tant que théorie, est coupée du quotidien ; mais, en tant que pratique, elle s’insère dans le quotidien. Le monde quotidien est à la fois le premier monde qui donne les conditions de possibilité des sciences, des religions et des arts (sphère de la culture). Ces mondes post-quotidiens (issus du monde quotidien) reviennent, refluent sur le monde quotidien. Le processus de production des sciences, arts et religions rétro-agi sur le monde quotidien qui est le socle, le fondement même de la culture / coutume. Ainsi ce forme une boucle complexe mue par une « force » d’auto-production, des échanges interdépendants qui transforment leur lieu d’origine. Il y a donc transformation du monde quotidien par les mondes artistiques, scientifiques et religieux. Il n’y a donc pas de séparation radicale entre les deux mondes mais simple distinction formelle.
Le monde quotidien est le sol de tous les autres mondes, mais ces derniers sont eux-mêmes à l’intérieur du monde quotidien. Ainsi, le quotidien peut être défini comme un dialogue permanent entre les mondes artistiques, religieux, culturels. Si un seul de ces mondes (celui artistique ou religieux par exemple) prend le dessus et domine de façon absolue et dogmatiques tous les autres mondes, on peut dire que nous sommes dans un système clos, un monde où il ne se produit plus d’échange, où tout dialogue est rompu. En effet, seul l’échange et le dialogue entre les différents mondes, et le retour incessant au monde quotidien, permet l’ouverture sur l’étrangeté, l’altérité.
Il s’agit de conserver l’ambiguïté, l’ambivalence salvatrice du quotidien qui seule permet la souplesse, l’ouverture. La quotidienneté se distingue des mondes culturels, scientifiques ou religieux et s’en nourrie.
Heidegger et la quotidienneté :
Ambiguïté de la quotidienneté chez Heidegger : être-au-monde habituel. L’être est toujours un être quotidien mais l’être ne se limite pas à l’être quotidien. La quotidienneté est un passage obligé de l’être. Le dasein est jeté dans le monde, il se perd dans le monde (déchéance). Le dasein, c’est-à-dire le sujet existant, ne peut pas exister s’il n’existe pas quotidiennement. La quotidienneté est donc un passage obligé de l’existence.
On ne peut pas se défaire de la quotidienneté du fait de l’urgence des nécessités vitales.
Cet être au monde quotidien est caractérisé essentiellement par la relation avec les autres (Henri Lefèvre, Critique de la vie quotidienne, L’Arche ; Cf. article de l’encyclopédie Universalis). La critique de la vie quotidienne est la modernité aliénante : c’est la dépendance aux choses, l’omnibulation de l’objet, l’action est dépendante de l’objet (réification) ; il y a compréhension de soi à partir de l’objet extérieur, de l’image, du fétiche ou modèle social (mimétisme). Pour Lefèvre, la quotidienneté est essentiellement un dialogue avec un monde d’objets dont nous sommes dépendants.
Pour Heidegger, le monde quotidien se constitue par la relation à l’autre, la sollicitude. La quotidienneté est la compréhension du « On quotidien », de cette communauté impersonnelle et anonyme que constitue la société contemporaine.