Lundi 20 février 2006

Heidegger renverse l’ordre traditionnel en disant que le Dasein n’est pas historique parce qu’il s’inscrit dans une histoire universelle mais plutôt du fait de son historicité interne, de sa propre structure historique. C’est dans les modes de temporalisation du Dasein que s’enracine l’historicité, et non pas dans une histoire extérieure, objective, universelle. Heidegger cherche une mesure de temporalité humaine ; cette idée sera prolongée par Ricœur dans Temps et récits. Dilthey trouve la mesure du temps historique dans la génération. Heidegger retourne à Dilthey en reprenant le concept de génération mais en lui attribuant le fondement ontologique de l’être-pour-la-mort. La génération se saisit en tant que telle à partir de l’être-pour-la-mort. Heidegger confère au concept de génération une acception proprement ontologique. L’histoire mondiale est toujours à penser à partir du rapport au monde, de la mondanéité dans lequel le Dasein s’aliène. La distinction entre nature et culture, comprendre et explique, chère à l’école historiciste, n’est plus essentielle. Dans la compréhension du Dasein, seule compte l’ouverture fondamentale. Chez Heidegger, l’explication est enracinée dans une compréhension fondamentale du Dasein. Par là, la compréhension heideggérienne de l’histoire se distingue de l’historicisme de Dilthey, autant que du naturalisme. L’historicisme apparaît comme un relativisme dont la pensée de l’être se démarque dans sa conception de la compréhension de l’histoire. Toutefois, Heidegger s’inspire explicitement de Dilthey en assumant le risque du relativisme. Pour Heidegger, l’historicité de l’homme se fonde – non dans une histoire universelle – mais plutôt sur les modes de synthèses temporelles du Dasein. Ainsi, l’historicité fondamentale du Dasein se fonde dans le temporalité. La référence est le critère intérieur de la temporalité et non le critère extérieur d’une histoire mondiale, universelle, absolue.

 

Critique de la culture

 

Chez Heidegger, la culture est mis en question ; il lui refuse l’auto-constitution de l’homme. La culture apparaît comme le domaine inauthentique de la chute de l’homme dans le monde. La culture nous détourne de l’être fini du Dasein ; elle est un moyen d’échapper à la question fondamentale qui est celle de l’être-pour-la-mort.

 

La constitution fondamentale de l’historicité (p.383)

La notion de présence dans le domaine de l’histoire et de la temporalité correspond à l’inauthenticité. L’inauthenticité signifie qu’on se perd – que l’on oubli notre être le plus propre – dans la présence des objets. De la même manière, on se perd dans un présent historique. Dans les deux cas de l’inauthenticité – temporelle et historique – il y a une présence du monde qui occulte l’être véritable. La possibilité de se détacher, de se libérer vient de l’avenir fini. En se tournant vers le futur on se libère des significations présentes, de nos préoccupations. Dans l’histoire, il est possible également de libérer la signification du présent et du passé des occultations culturelles et traditionnelles. C’est la futurité qui libère la véritable signification du passé et l’on devient, dès lors, capable de répétition (appropriation du passé en vue d’un choix). Au lieu de se perdre dans le présent.

Au niveau de l’histoire, l’être-pour-la-mort apparaît sous la forme d’« envoi-ensemble », c’est-à-dire de destin. Le Dasein partage avec les autres cette communauté de destin – à savoir la possibilité la plus propre, la mort. La communication libère l’être ensemble en vue d’une mort future. La répétition est la délivrance qui se fonde dans la résolution en vue du futur, dans la résolution devançante. Ce que l’homme a en commun avec les autres, ce n’est pas la culture, une histoire passée, une tradition, mais bien au contraire, la finitude. L’existence finie se montre au Dasein dans une lumière qui libère le passé des préoccupations présentes. L’être-pour-la-mort, l’être fini, partage avec le Dasein passé la finitude de l’horizon qui met en commun l’histoire. Dans ce sens, l’analyse du Dasein apparaît comme un outil herméneutique.
par Jahman publié dans : Etude d'un philosophe
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Lundi 20 février 2006

La temporalité de la préoccupation circonspecte

 

La constitution fondamentale du Dasein est le souci qui engage l’ouverture du « là » du Dasein.

Sorge = souci qui engage différentes modalités de la temporalisation.

Besorgen = préoccupation, le souci préoccupé qui revêt différents modes de temporalisation.

 

Implication théorique de la temporalité quotidienne

 

Genèse ontologique du comportement théorique : la théorie n’est pas pensée comme autonome à l’égard de la pratique. Il y a un aspect pragmatique de la théorie chez Heidegger. La genèse de la théorie n’est pensable qu’à partir de notre engagement dans le monde des préoccupations quotidiennes. La théorisation est fondée dans un rapport quotidien avec les choses, les outils.

Le fondement même de la théorie trouve sa possibilité dans la privation, la disparition de la pratique. C’est lorsque la pratique, l’usage de l’outil, est défaillant que l’on commence à théoriser. La théorie traduit en elle-même les préoccupations de la praxis. Le mode d’être de la théorie est dérivé du mode d’être de la préoccupation.

Théorie et vue : dans le rapport à l’outil, la priorité est accordée à la vue. La préoccupation se traduit dans la théorie par le biais de la vue.

Passage de l’outil, de la vue d’ensemble des outils à la théorie scientifique, à l’objectification : l’objectification introduit une thématisation de l’outil en le retirant du rapport « sous-la-main », de son insertion dans un système de préoccupations.

Vorhanden = sous-la-main, outil, maniabilité centrée dans un rapport à l’outil

Zuhanden = à porté de la main, subsistant, présence, quelque chose qui est là (dimension de l’être authentique).

Passage du Zuhanden au Vorhanden, de l’outil circonspect à l’être subsistant. L’outil peut devenir le terme de la recherche et de la détermination scientifique. L’outil peut non seulement recevoir une acception pratique, d’utilité, mais aussi un traitement conceptuel, thématique. Par la thématisation du « sous-la-main », de l’outil, se transforme la place de l’outil à porté de la main, subsistant. Il y a un déplacement d’un lieu concret à un lieu englobant de la spatialité. La thématisation libère l’étant d’un lieu concret en l’objectifiant, en le conceptualisant dans un point de vue théorique.

Heidegger pense le lien entre le lieu spatial et la temporalité. Par la thématisation, il y a un déplacement de lieu mais la structure temporelle demeure la même. Dans le domaine de la théorie, les objets, et non plus les outils, demeurent présentifiés de la même manière que dans le domaine de la pratique. Le mode de temporalisation est identique ; seul change le lieu.

Temporalité spécifique de l’être-au-mode du Dasein quotidien et traduction de cette temporalité propre au niveau de la théorie.

 

La transcendance du monde

 

L’être-au-monde se fonde dans la temporalité ; cette dernière rend possible la transcendance. La transcendance, chez Heidegger, n’est pas celle de Kant ou de Husserl. Il s’agit d’une transcendance ontologique. La transcendance réside dans la possibilité du Dasein de se désengager des préoccupations par rapport au monde et à autrui pour prendre conscience de son être le plus propre. La transcendance réside d’abord dans la prise de distance par rapport aux préoccupations du monde quotidien.

La connaissance ontologique du monde se fonde dans la temporalité. L’existence du Dasein est à l’origine des synthèses des extases, des différents modes de temporalisation. L’extase se tourne vers un horizon ; l’extase est un « en vue de ». Le « vers où » de l’extase est appelé le « schème horizontal ». Le problème de la transcendance est conçu à partir de la synthèse des extases temporelles.

 

Temps de la quotidienneté

 

La quotidienneté est le « comment » du Dasein dans sa vie au jour le jour. La quotidienneté détermine le Dasein même en dehors du On. Il existe une quotidienneté dans toutes les civilisations, même chez les peuples dits « primitifs ». La quotidienneté est le temps du monde, intra-mondain. La structure de la synthèse extatique du On est celle de la quotidienneté. La quotidienneté relève de la présentification qui s’étend à l’infini. Le propre du temps de la quotidienneté est de ne pas cesser. Ce temps possède un dimension incontrôlable. L’existence quotidienne est, dans son fondement, une manière d’être temporellement.

 

Temporalité et historicité

 

Heidegger pense l’histoire dans son rapport à la science, comme thématisation de l’homme. Il s’agit de l’horizon ontologique de l’analyse historique.

L’histoire est pensée comme une dimension temporelle particulière. L’histoire n’est pas une étude du passé mais des deux possibilités de synthèse du temps : le mode inauthentique (présent) et le mode authentique (futur). L’historicité inauthentique revêt la temporalité du On, du temps public.

 

Compréhension pré-ontologique : le Dasein est le monde de ses préoccupations. Le Dasein existe en tant que monde d’engagement. Pour Heidegger, il n’y a pas de dichotomie sujet-objet, intérieur-extérieur. De même, le Dasein est l’histoire, un monde d’engagement historique. C’est parce que le Dasein est en son être une histoire qu’une thématisation de l’histoire du monde, des évènements, devient significative. La cohésion de l’histoire vient du fait d’exister à partir de schèmes extatiques. C’est parce que le Dasein est un être qui temporalise qu’il est possible d’envisager l’engagement dans un monde de préoccupations quotidiennes mais aussi dans un mode historique. « C’est dans l’être du Dasein que se trouve déjà le entre de la naissance et de la mort ». En tant que souci, le Dasein est l’entre-deux. L’unité du Dasein se trouve dans la temporalité. C’est en terme de souci que Heidegger pense la temporalité de l’histoire.

 

Dimension inauthentique de l’histoire : compréhension vulgaire (p.378)

Critique de la tradition historiciste, de la « culture » (Dilthey, Cassirer). Une telle histoire se rapporte à l’homme comme sujet des évènements. A l’inverse, pour Heidegger, c’est parce que le Dasein temporalise qu’il peut avoir une histoire. En ce sens, Heidegger renverse la problématique traditionnelle. Heidegger retourne la question telle qu’elle était posée par la tradition historiciste. C’est l’histoire qui est fondée dans la temporalité et no pas le temps qui relève de l’histoire.

Dans quelle mesure l’histoire a un rapport privilégié avec le passé ? C’est la structure du monde qui est passée. C’est l’historicité du monde comme structure qui est passée. C’est l’usage qu’on fait du monde et des objets qui donne le caractère passé à leur historicité. C’est le monde à l’intérieur duquel les objets subsistants, sous-la-main, étaient encore à l’usage du Dasein qui est passé. C’est donc l’être-au-monde du Dasein, qui peut ou pas engager l’objet dans une structure de préoccupation, qui donne la valeur historique à l’objet. C’est par rapport à cette structure que l’être de l’outil puise son sens. Les objets hors d’usage, qui n’entrent plus dans la structure des préoccupations quotidiennes, possèdent dès lors ce statut passé du monde. C’est donc bien le monde qui est passé, c’est-à-dire la structure des préoccupations et d’usage des objets, d’utilité attribuée à l’être subsistant de l’outil. La fonctionnalité de l’outil dérive du monde, de sa structure de préoccupation. La signification de l’outil dérive de l’historicité du monde.
par Jahman publié dans : Etude d'un philosophe
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Lundi 20 février 2006

Temporalité de l’affection

 

 

La compréhension est toujours à penser liée à l’affection car la compréhension est toujours affectée. Le comprendre est fondé en premier lieu dans l’avenir. L’affection, au contraire, temporalise au niveau du passé. L’affection se fonde primairement dans l’être-été. La question de l’affectivité est abordée à partir de la temporalité de la peur (inauthenticité) et de l’angoisse (authenticité).

  • La peur se révèle comme une affection inauthentique. La peur nous confronte aux préoccupations des choses de ce monde. La peur est toujours la peur de quelque chose qui menace notre possibilité d’être factice par rapport aux choses dont nous nous préoccupons. La peur s’ouvre vers ce qui nous menace dans un contexte quotidien du monde. La temporalité de la peur est une temporalité inauthentique. La peur se rapporte à un objet de préoccupation qui nous détourne de nous-mêmes par l’attente. La peur est renvoyée à un objet et non au Dasein lui-même, dans sa possibilité la plus propre. La confusion devant ce qui nous menace est une forme d’oubli de soi-même. A l’oubli de soi-même dans la peur correspond une présentification confuse de ce qui nous menace, de l’objet-à-côté. La présentification à partir de l’oubli de l’objet qui nous menace se projette dans l’attente. La peur est pensée à partir de l’oubli de la répétition du passé.
  • L’angoisse, au contraire de la peur, nous détourne de la préoccupation quotidienne pour nous ramener à l’étrangeté de nous-mêmes. L’angoisse, au lieu de nous projeter vers, nous ramène à notre possibilité la plus propre. L’angoisse fait disparaître, fait évanouir les choses du monde ambiant. Le monde se retire dans une dimension de non signification. Il y a un néant du monde dans cette perte de signification. C’est par rapport au néant que l’affection se révèle comme angoisse. L’attente préoccupée se confronte au néant. Le Dasein est alors arraché à toute temporalité de l’attente et de la présentification. Il est dès lors impossible que le Dasein rencontre les choses du monde. L’absence de sens du monde révélée par l’angoisse rend impossible au Dasein de se comprendre sur la base de la préoccupation quotidienne. L’insignifiance du monde dévoile l’impossibilité de se projeter vers un pouvoir-être. L’angoisse découvre la nullité du monde. L’angoisse ouvre le Dasein sur sa possibilité la plus propre. Il s’agit donc d’une manière authentique de l’être-été du Dasein. L’angoisse ouvre la possibilité de répétition de la possibilité d’être la plus propre. C’est à partir de l’affectivité de l’angoisse qu’Heidegger pense la possibilité de répétition d’un passé authentique. C’est l’angoisse qui nous donne le sentiment, la tonalité d’une possible décision. La peur trouve sa source dans les choses du monde alors que l’angoisse renvoie toujours le Dasein à lui-même. La peur nous fait perdre dans la confusion des choses du monde alors que l’angoisse est la source d’un recueillement qui permet la répétition du passé le plus propre.

La peur comme l’angoisse se temporalise à partir de l’être-été. Il s’agit d’affections liées au passé. Néanmoins, la peur se rapporte – dans sa temporalisation passée – au présent (inauthenticité) et l’angoisse au futur (authenticité).

 

 

 

Temporalité de la chute ou échéance

 

 

Troisième mode de temporalité, après la compréhension et l’affection, il y a la chute ou l’échéance. L’extase temporelle qui correspond à la chute est la perte dans la présence. L’échéance est l’oubli de soi dans le présent. La chute est pensée à partir de trois moments : le bavardage, la curiosité (Cf. Saint Augustin : désir du nouveau, avidité de nouveauté) et l’équivoque.

La chute est pensée par rapport à la curiosité, à partir de ce qui est présent, c’est-à-dire visible. En effet, la curiosité se rapporte à ce qui est visible ; elle privilégie la vue. L’avidité de nouveauté signifie, dans sa dimension temporelle, une attente ; l’avidité cherche à se confronter à ce qui est vue et attendue dans le présent. La superficialité de l’avidité évacue le futur au profit du présent. La présentification de l’attente éloigne le Dasein de sa possibilité d’être authentique. La curiosité présentifie l’objet vu. La curiosité est ici une distraction hors de toute instant de recueillement sur l’être le plus propre. La curiosité est une attente qui est recouverte par le présent. La temporalité de la chute trouve dans la curiosité la manière d’être inauthentique du Dasein.

 

 

 

Aux trois éléments constitutifs du souci correspondant aux trois extases temporelles, Heidegger ajoute un quatrième élément qui vient synthétiser, unifier ces trois éléments. Il s’agit du « parler ». L’articulation du comprendre, de l’affectivité et de l’échéance se trouve dans la parole. La parole est une cohésion qui n’a pas de temporalité spécifique, d’extase propre.

 

 

 

Triple structure de l’inauthenticité :

Gewërtigen = le futur, l’attente → existence

Gegenwërtigen = le présent, présentifier → chute, engagement dans le monde

Behalten = le passé, rétention, retenir → affectivité, être-jeté dans un monde

Il s’agit des trois formes de l’inauthenticité dans lesquelles  le rapport à l’être est pensé en rapport avec le présent. Toutes les modalités de l’approche de l’être sont recouvertes par le présent.

 

 

 

Triple structure de l’authenticité :

Vozlaufen = « courir par avance », anticiper → futur, être-pour-la-mort comme possibilité la plus propre

Augenblick = « coup d’œil », instant → présent, retrait par rapport aux préoccupations immédiates

Wiederholung = répétition → passé, être-été

 

 

 

L’authenticité et l’inauthenticité vont, à présent, être rapportées à l’historicité. Toutefois, nous sommes toujours dans un monde ; on ne peut se libérer complètement du monde des préoccupations, on ne peut se dégager de l’inauthenticité. Heidegger pense le problème de la transcendance du monde à partir de la préoccupation.

  • De quelle manière la préoccupation engage une temporalité spécifique ? Quelle est la temporalité de l’être au monde ?
  • Dans quelle mesure la temporalité de nos préoccupations dans le monde quotidien se rapporte à la science, à la théorie ? Quelle est la temporalité dans le domaine de la théorie ?
  • Question de la transcendance du monde.
par Jahman publié dans : Etude d'un philosophe
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Lundi 20 février 2006

Heidegger rejette la manière objective et subjective, transcendante et immanente de penser le temps. Les concepts de passé, de présent et de futur doivent être rejetés car ils ont été forgés par une connaissance inauthentique du temps. La temporalité se dévoile en tant que sens du souci authentique. L’unité du souci, les différents moments du temps du Dasein, définit l’ipséité, l’identité du « je ». La liaison des extases temporelles, les manières de structurer le temps, les façons d’opérer la synthèse des trois modalités temporelles constituent l’identité-ipsé, la construction de soi-même.

  • Première modalité → existence → futur
  • Deuxième modalité → facticité (affectivité, être-jeté) → passé
  • Troisième modalité → déchéance / chute → présent

 

La structure du souci dont relève l’ipséité recouvre les trois moments de l’être du Dasein.

La temporalité n’est pas un état mais elle se temporalise et possibilise les différentes modalités de l’être du Dasein, et en particulier la possibilité la plus propre du Dasein (la manière authentique d’être au monde). Les trois modalités de la temporalité de l’être du Dasein sont toujours là, sont toujours données a priori comme essence de l’être du Dasein. De quelle manière peut-on lier les trois extases ? Comment envisager la synthèse temporelle ?

L’ek-stase est ce qui se « tient hors de ». La temporalité est le hors de soi originaire en et pour soi-même. Le caractère extatique de la temporalité originaire est nivelé dans la compréhension vulgaire du temps (Kant, Aristote) sans commencement ni fin. Le propre de la conception heideggérienne du temps est de penser la finitude temporelle dans un sens ontologique. L’avenir se temporalise dans la co-originairité de l’ek-stase : c’est le souci tourné vers l’existence, le souci tourné vers le futur possible. C’est dans ce contexte qu’il convient de penser la finitude. La finitude n’est pas une fin, un arrêt, mais le caractère originaire de la temporalisation elle-même, le mode primordiale de la temporalisation. Le futur authentique et originaire c’est la possibilité du néant, l’advenir nécessaire du néant. La mort se caractérise par trois critères :

  • La mort ne peut être représentée par autrui (on meurt seul)
  • La mort ne peut être dépassée
  • La mort ne crée pas de rapport avec autrui

C’est là la possibilité indépassable du néant. Heidegger revient à la déconstruction de la métaphysique occidentale.

 

Dédoublement dans les manières d’opérer la synthèse du temps : authentique et inauthentique.

Le Dasein doit s’arracher à la manière d’être quotidienne de l’être-au-monde.

Ni sujet, ni substance, l’ipséité se fonde dans le temps.

C’est la temporalisation du Dasein qui donne un sens à l’histoire.

 

Les trois éléments constitutifs de l’être du Dasein (l’existence, la facticité, la déchéance) sont enracinés dans le souci. Ces trois éléments, par le souci, s’ouvrent au monde.

Da-sein = être-là. Le « là » ou « Da », c’est l’ouverture de l’être vers le monde. Cette ouverture se décline sous trois modalité : la compréhension, l’affectivité et la parole. Le « là » qui s’ouvre permet à l’être du Dasein de se révéler ; c’est dans l’ouverture que l’être se révèle au Dasein. Le « là » de l’être-là, du Dasein, c’est l’ouverture qui s’oriente vers l’existence (la compréhension, l’être-pour-la-mort), la facticité (l’affectivité, l’être-jeté dans un monde) et la chute, la déchéance (la parole). La parole n’a pas de temporalité propre et est traité à part par Heidegger. La parole, le langage effectue la cohésion des trois modes de temporalité ; la parole fait signe vers une synthèse des temporalités. La parole est le lien qui permet la synthèse des trois modes d’être du Dasein. Le langage signifie une manière de structuration des temps.

 

Temporalité du comprendre

 

La temporalité du comprendre est tournée vers le futur. Le comprendre est lié aux autres extases. Les trois extases sont toujours liées et constituent un ensemble. Il est simplement question d’une « orientation vers… » une temporalité possible. La compréhension (Verstehen) se distingue de l’expliquer (Erkläzen). Originellement, cette distinction a été introduite par Vico (1725). Dilthey reprend cette distinction dans son Idée sur une psychologie descriptive et compréhensive. Il s’agit de distinguer la culture et la nature ; la compréhension à partir de l’intérieur et l’expliquer à partir de l’extérieur ; ce qui est créé par l’homme et ce qui appartient à la nature, tout ce qui n’est pas le produit de l’homme. Heidegger récuse cette dichotomie de l’école historiciste. En effet, cette dichotomie suppose une unité fondamentale, elle repose sur une synthèse plus fondamentale. Au niveau ontologique, il n’y a que cette unité qu’Heidegger appelle « compréhension », « comprendre ». Tout « expliquer » renvoie au « comprendre » originaire, primaire, du Dasein. Au fondement de la saisie de l’être du Dasein, il y a la compréhension ontologique, la compréhension de la temporalité finie (ou plutôt de la finitude temporelle). Pour Heidegger, la compréhension, dans le cadre de l’être fini, se rapporte au futur. L’extase temporelle qui correspond à la compréhension est le dévancement ou l’anticipation. Il s’agit de la manière authentique de temporaliser le Dasein.

  1. futur → devancement : l’avenir rend ontologiquement possible un étant constitué de telle manière qu’il se comprend dans sa possibilité d’être. Mais la plupart du temps, le Dasein est préoccupé par les choses, il est dans l’attente, dans l’expectation. C’est à partir de cette expectation que le Dasein se comprend en faisant retour sur lui-même. C’est à partir de la préoccupation du On public que le Dasein « s’attend à » et se comprend d’une manière inauthentique, c’est-à-dire à partir d’autre chose que soi-même, à partir d’une temporalité qui n’est pas sa possibilité la plus propre. Au contraire de l’attente inauthentique, le devancement sort de la quotidienneté pour anticiper, de manière non ordinaire, hors des préoccupations présentes. Le temps ne doit pas être pensé en terme d’attente mais comme quelque chose d’inattendu. Par l’attente, en effet, le futur est structuré sur le modèle du présent, ce qui détourne le Dasein de sa possibilité la plus propre – à savoir la mort. Heidegger distingue le futur comme anticipation du futur modelé sur le présent, c’est-à-dire l’attente ; cette dernière est la manière inauthentique de temporaliser le Dasein. Le futur authentique, c’est le devancement.
  2. présent → instant : le présent authentique, c’est l’instant, le « coup d’œil ». L’instant est le présent qui se dégage des préoccupations à partir du devancement. L’instant se laisse tourner vers le futur authentique. Il s’agit d’une extase qui désigne l’échappée résolue. L’instant ne se comprend pas à partir du maintenant (inauthenticité) mais à partir du futur. L’instant est hors des préoccupations, des objets sous la mains. L’instant échappe à l’emprise du monde, à la mainmise du On public. Dans l’instant, il s’agit de se dégager des préoccupations présentes qui nous détourne de la temporalité authentique. Par là, le présent permet au Dasein de comprendre l’inauthenticité de sa temporalité. Le présent inauthentique apparaît comme présentification. L’instant se dégage toujours d’une présentification. A l’inverse du moment inauthentique, lié au présent, l’instant se temporalise à partir du futur authentique. Cette échappée de l’instant vers le futur s’oppose au présent de la préoccupation dans lequel nous ne sommes pas nous-mêmes. A la modalité authentique du présent – l’instant – correspond la modalité inauthentique – le moment ou présence, présentification.
passé → répétition : La modalité authentique du passé est la Gewesen, l’« être-été ». Le passé authentique du Dasein est la répétition, la reprise. La mémoire est possible seulement sur la base de l’oubli de la spécificité du passé ; on projette sur la passé une signification présente. La nouveauté possible de l’avenir est occultée par l’attente de la même manière que la présentification recouvre la spécificité du passé. A l’attente – au niveau du présent – correspond l’oubli – au niveau du passé. L’oubli est la manière inauthentique et la répétition, la manière authentique de se comprendre à partir du passé.
par Jahman publié dans : Etude d'un philosophe
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Lundi 20 février 2006

Interprétation vulgaire de la conscience

 

Leben = vie

Erlebnis = expérience vécue, expérience immédiate, intérieure

Erfahrung = expérience par étape, expérience acquise

Heidegger est très critique à l’égard de ce terme Erlebnis, l’expérience intérieure de la conscience. « La conscience a essentiellement une fonction critique » (p.295). La conscience veut se détacher de la conscience du monde ; elle veut se dégager du processus de l’engagement mondain.

Heidegger dégage une temporalité qui ne peut être la temporalité de la préoccupation. Il dégage un niveau ontologique d’analyse de la dette et de la conscience dégagée des rapports mondains. Pour Heidegger, il ne faut pas considérer la conscience comme rétrospection sur un acte mais plutôt comme prospection. Le problème de a conscience est celui d’un appel du Dasein qui permet de se dégager de l’oubli de l’être dans les préoccupations quotidiennes, vers la finalité de l’être-pour-la-mort. La conscience existentiale est un rappel vers l’être le plus propre du Dasein.

En premier lieu, la « décision » est de se dégager du On pour revenir à son être le plus propre. La « résolution » donne au Dasein sa translucidité authentique. La situation est le « là » à chaque fois ouvert dans la résolution ; la situation trouve son fondement dans la résolution. « La situation n’est que par et dans la résolution ». La situation est le contexte dans lequel le choix de revenir à l’être, la décision, peut être prise.

L’angoisse nous permet de nous détacher de la structure du monde et de nous replier sur notre être le plus propre. C’est par le biais de l’angoisse que nous débouchons sur le thème du néant. L’angoisse nous ouvre à notre être le plus propre par ce sentiment d’étrangeté. Le phénomène de l’angoisse permet de faire voir au Dasein la facticité de son mode inauthentique d’être-au-monde.

« La Dasein est toujours déjà au-delà de soi » ; c’est l’être en avant de soi du Dasein. L’être est au-devant du Dasein. Heidegger désigne le souci comme phénomène ontologique (p.193). Le souci est le fondement de l’ouverture a monde. Le souci embrasse l’unité de ses déterminations d’être (facticité, existence et échéance ou déchéance, chute). Ce qui donne unité à cette triplicité c’est le souci. L’existentialité s’oriente vers le futur ; la facticité vers le passé ; et l’échéance vers le présent. L’unité des trois permet de dégager les rapports entre être et temps. Le souci est antérieur aux phénomènes psychologique, le souci précède l’ontique. Cette antériorité du souci le place au fondement du Dasein, dans l’ontologie. Le souci est le moment synthétique qui intègre les trois moments de l’être du Dasein, chaque élément incorporant sa temporalité propre : le futur pour l’existence, le passé pour la facticité et le présent pour l’échéance. Le souci ouvre l’horizon de la temporalité.

Le souci comme être du Dasein est, dès la première partie, défini à partir de structures temporelles sous-jacentes et implicites (« toujours déjà », etc.)

L’« être déjà en avant de soi dans un monde » caractérise la futurité.

L’« être auprès » caractérise la facticité.

L’ipséité est constituée à partir de la dissimulation du Dasein par rapport à lui-même. La plupart du temps, le Dasein n’est pas lui-même, son être est occulté par le On. La constitution de l’ipséité chez Heidegger dépasse la problématique traditionnelle dans la perspective de la construction d’une ontologie du Dasein. Le soi relève des « extases », des actes de temporalisation. L’ipséité relève du souci, des trois modalités de l’être du Dasein. L’ipséité est le résultat de la temporalisation et non le fondement. Heidegger s’écarte de Kant et de Husserl car il situe l’ipséité dans l’ontologie et non dans l’ontique. Le fait de « tenir ensemble » les différents moments de soi-même, c’est-à-dire la constitution de l’identité, n’est pas le fait de la conscience mais de l’affectivité fondamentale, à savoir le souci. Le souci est pensé comme une ouverture à l’être de la temporalité du Dasein. C’est ce qui a été négligé par la tradition qui explicite toujours l’ipséité au niveau de l’ontique, tant chez Kant que chez Husserl.

La temporalité comme sens ontologique du souci

 

Le sens est ce ou se tient la compréhension, une direction vers le possible. La quête de sens est rapporté au temps, à la synthèse temporelle de l’être par le biais du souci. L’extase est le mode de temporalisation du Dasein.

Introduction de la problématique du temps : le Dasein est ouvert par le souci à son existence. Le sens de l’être ouvert, du souci, constitue originairement l’être du pouvoir-être. Le souci permet le passage de la question de l’être que je suis (ipséité) à la question de l’être en tant que tel (Dasein). Il s’agit bien d’une ontologie. C’est à partir de mon être comme souci qu’on atteint l’être et le sens de l’être comme temps.

Heidegger donne une dimension à la temporalité de l’avenir. La futurité, la projection vers le futur n’est pas une attente mais un « laisser advenir à soi » la possibilité la plus propre. L’authenticité est pensée par rapport au futur tandis que l’inauthenticité est pensée par rapport à la présentification. C’est dans le mesure que nous existons à partir du futur qu’il est possible de s’approprier le passé grâce au fondement de l’être, le souci. A partir du souci, la synthèse de moi-même, de l’ipséité, les différents modes du temps sont liés de manière authentique ou inauthentique. Les extases temporelles constituent une unité donnée à partir de deux modes d’interprétation. La futurité donnée la possibilité la plus propre, comme être-pour-la-mort. L’existence à partir du futur est toujours déjà une existence comme être-jeté dans un monde. Les trois extases de temporalisation sont pensées à partir de deux possibilités différentes. Il y a deux manières de lier le futur et la présentification, l’être-jeté dans un monde : la manière inauthentique et celle authentique. L’ipséité se constitue à partir du souci. Les trois extases temporelles sont à penser en terme de « lien ». Le « je suis » se constitue à partir de a manière dont je relie la temporalité pour en former une synthèse constitutive de l’identité.

 

Conscience de soi = tenir ensemble.

Heidegger s’écarte de l’interprétation lockienne et kantienne autant que celle de Husserl. C’est par le biais de la temporalité elle-même que Heidegger parle de la cohésion de soi, à partir du souci comme être du Dasein qui effectue le lien entre les différents moments de soi.

La conscience de soi c’est le maintien de soi-même caractérisé par la constance et la solidité. Ce n’est pas la mémoire (Locke) ou l’unité pure comme possibilité de toute expérience (Kant) qui détermine la constitution du moi. Le « je » renvoie toujours à un fondement – qui n’est pas la conscience – mais le souci. Le souci s’ouvre également au monde. L’authenticité exige une mise à l’écart préalable de la parole (ré-ticence) car le fait de dire « je » montre l’engagement, l’insertion dans le monde. Le « je » s’enracine dans le souci. C’est à partir du souci que le Dasein s’ouvre vers la temps. Cette double manière de construire l’existant temporel chez Heidegger confère une grande importance à la projection vers le futur.

L’analyse du temps est en même temps construite à partir d’une analyse du langage (Cf. le futur → on laisse advenir le temps). Le phénomène originaire de l’avenir est le « laisser advenir à soi ». L’avenir fait advenir le Dasein à soi comme être le plus propre.

L’inauthenticité c’est le présent qui nous éloigne de notre propre être par la préoccupation quotidienne. Heidegger accorde une priorité au futur – non pas comme actualité – mais comme possibilité. Le futur n’est pas pensé comme extension du présent, comme modelé par le présent mais comme une projection vers la possibilité la plus propre du Dasein. La priorité accordée à la futurité est destinée à nous détourner, à nous détacher des préoccupations du présent. C’est le futur – comme possibilité existentiale – qui prime sur le présent.

La résolution constitue la modalité du souci authentique. La résolution c’est la capacité de s’arracher des préoccupations quotidiennes, de choisir un mode d’être qui permet à la possibilité la plus propre d’advenir. La résolution est pensée comme arrachement, non pas du monde quotidien, mais des préoccupations de l’être-au-monde. « L’unité originaire de la structure du souci réside dans la temporalité. » La résolution est toujours devançante car l’arrachement se réalise en vue d’un futur, par anticipation.
par Jahman publié dans : Etude d'un philosophe
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