Heidegger renverse l’ordre traditionnel en disant que le Dasein n’est pas historique parce qu’il s’inscrit dans une histoire universelle mais plutôt du fait de son historicité interne, de sa propre structure historique. C’est dans les modes de temporalisation du Dasein que s’enracine l’historicité, et non pas dans une histoire extérieure, objective, universelle. Heidegger cherche une mesure de temporalité humaine ; cette idée sera prolongée par Ricœur dans Temps et récits. Dilthey trouve la mesure du temps historique dans la génération. Heidegger retourne à Dilthey en reprenant le concept de génération mais en lui attribuant le fondement ontologique de l’être-pour-la-mort. La génération se saisit en tant que telle à partir de l’être-pour-la-mort. Heidegger confère au concept de génération une acception proprement ontologique. L’histoire mondiale est toujours à penser à partir du rapport au monde, de la mondanéité dans lequel le Dasein s’aliène. La distinction entre nature et culture, comprendre et explique, chère à l’école historiciste, n’est plus essentielle. Dans la compréhension du Dasein, seule compte l’ouverture fondamentale. Chez Heidegger, l’explication est enracinée dans une compréhension fondamentale du Dasein. Par là, la compréhension heideggérienne de l’histoire se distingue de l’historicisme de Dilthey, autant que du naturalisme. L’historicisme apparaît comme un relativisme dont la pensée de l’être se démarque dans sa conception de la compréhension de l’histoire. Toutefois, Heidegger s’inspire explicitement de Dilthey en assumant le risque du relativisme. Pour Heidegger, l’historicité de l’homme se fonde – non dans une histoire universelle – mais plutôt sur les modes de synthèses temporelles du Dasein. Ainsi, l’historicité fondamentale du Dasein se fonde dans le temporalité. La référence est le critère intérieur de la temporalité et non le critère extérieur d’une histoire mondiale, universelle, absolue.
Critique de la culture
Chez Heidegger, la culture est mis en question ; il lui refuse l’auto-constitution de l’homme. La culture apparaît comme le domaine inauthentique de la chute de l’homme dans le monde. La culture nous détourne de l’être fini du Dasein ; elle est un moyen d’échapper à la question fondamentale qui est celle de l’être-pour-la-mort.
La constitution fondamentale de l’historicité (p.383)
La notion de présence dans le domaine de l’histoire et de la temporalité correspond à l’inauthenticité. L’inauthenticité signifie qu’on se perd – que l’on oubli notre être le plus propre – dans la présence des objets. De la même manière, on se perd dans un présent historique. Dans les deux cas de l’inauthenticité – temporelle et historique – il y a une présence du monde qui occulte l’être véritable. La possibilité de se détacher, de se libérer vient de l’avenir fini. En se tournant vers le futur on se libère des significations présentes, de nos préoccupations. Dans l’histoire, il est possible également de libérer la signification du présent et du passé des occultations culturelles et traditionnelles. C’est la futurité qui libère la véritable signification du passé et l’on devient, dès lors, capable de répétition (appropriation du passé en vue d’un choix). Au lieu de se perdre dans le présent.
Au niveau de l’histoire, l’être-pour-la-mort apparaît sous la forme d’« envoi-ensemble », c’est-à-dire de destin. Le Dasein partage avec les autres cette communauté de destin – à savoir la possibilité la plus propre, la mort. La communication libère l’être ensemble en vue d’une mort future. La répétition est la délivrance qui se fonde dans la résolution en vue du futur, dans la résolution devançante. Ce que l’homme a en commun avec les autres, ce n’est pas la culture, une histoire passée, une tradition, mais bien au contraire, la finitude. L’existence finie se montre au Dasein dans une lumière qui libère le passé des préoccupations présentes. L’être-pour-la-mort, l’être fini, partage avec le Dasein passé la finitude de l’horizon qui met en commun l’histoire. Dans ce sens, l’analyse du Dasein apparaît comme un outil herméneutique.ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander

