Notre perception est une perception de l’illusion. Nous percevons des illusions, des réalités, non le Réel. Par la suite, notre ego redouble cette illusion initiale (extérieure) en la transformant en illusion intérieure, mais il est déjà trop tard. Le mouvement est de tel nature que notre appareil perceptif est incapable de percevoir le Réel, mais seulement les réalités. D’où vient ce mouvement ? Qui crée cette illusion ? Quelle est la cause de l’illusion ? Nul ne le sait s’il n’a pas renoncé à lui-même. L’esprit, dès qu’il s’active, perd le contact avec l’Ouvert, perd la trace de la vérité, sort de l’orbite géostationnaire de l’Etre, du principe. C’est l’esprit qui forme la réalité, qui crée l’illusion. Seul un esprit quiet est le Réel car ils sont tous deux immobile. Vive l’immobilité ! L’esprit en mouvement connaît les réalités mais l’esprit immobile est le Réel. Pour que nous puissions être le Réel, notre esprit doit demeurer pure, c’est-à-dire vide de toute impression sensible et intelligible ; l’esprit doit être pure présence immobile. En cela c’est un tort de croire que l’esprit doit s’absenter, que l’on doit « s’évader » car l’esprit est toujours en recherche et s’il ne demeure pas présent à lui-même, s’il part à la « conquête », à la découverte du monde extérieur ou du monde intérieur, s’il part voyager dans les réalités (qu’ils crée par là même), il est alors en mouvement : c’est l’imagination. L’esprit est plus souvent en train d’imaginer, de fabriquer des images, de « se faire des films » car il est gouverné par l’ego, la créature en nous. L’esprit nu, vide, pur, immobile, détaché, silencieux, attentionnel, ne se disperse pas, ne s’extériorise pas, ne produit pas images, symboles, sens, il n’agit pas. Dans le l’inagir (ou non-agir), le wu-wei, dans l’immobilité et le silence, dans le vide (non pas l’absence) l’esprit est le Réel. Il y a donc passage du connaître à l’être, du mouvement à l’immobilité, des réalités au Réel, du multiple à l’Un. Par là, on cesse d’être séparé du Tout, de l’universel car on cesse de connaître, de vouloir, de chercher… Il n’y a plus de phénoménologie sujet-objet, il n’y a plus d’intentionnalité du sujet, plus de dualité. Réfléchir, philosopher, penser et c’est déjà trop tard. Le temps, le mouvement et l’agir créer de concert l’illusion, la maya, les réalités, les mondes. Dès cet instant crucial, dès cet enclenchement de l’agir cérébral, il est trop tard, nous sommes englué, pris dans le temps, prisonnier. Et nous sommes trop faibles, pas assez puissants pour nous élever, nous déprendre si l’on ne stoppe pas ce processus « temporalisateur », « créativateur ». l’urgence spirituelle, mystique, salvatrice doit nous amener, par la pratique, à ne pas enclencher ce processus, à ne pas « commencer à » connaître, agir, se mouvoir, penser, etc. Si l’on entre pas dans le jeu de maya, si l’on refuse avec puissance spirituelle ce jeu diabolique, si l’on se tourne fermement vers Dieu, nous demeurerons au centre, au point immobile, dans le Tout, dans la présence ontologique, dans la plénitude, l’absolu du Réel.
The snake goes move to the power of the though – the dance of the snake
Le serpent représente l’illusion, symbole de l’illusion, il se met à bouger, en mouvement par le pouvoir de la pensée. C’est l’esprit en activité qui forme, figure l’illusion par son mouvement propre.
Mais vous faites de cette illusion, une réalité non illusoire.
Le mot illusion a le tort d'être quelque peu péjoratif. Il renvoie à la réalité, réalité dont l'énonciateur aurait la connaissance. Il vaut peut-être mieux parler d'apparences, de niveaux de réalité. L'observateur étant impliqué dans ce niveau et ne pouvant pas en juger.
Cela suppose qu'on ne parte pas de l'idée qu'il y a une vérité absolue quelque part vers laquelle nous irions et que nous chercherions à atteindre. Ce qu'il y a, alors, c'est qu'on oublie que cette vérité ou réalité absolue n'est qu'une idée, un simple postulat du mental.
Nous sommes guidés par l'idée, pas par la vérité.
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En fait, vous expérimenterez peut-être un jour l'être, lequel permet à l'homme de rester dans l'ouverture et d'agir. Agir, oui, mais libre du résultat de l'action. Mushotoku, comme on dit dans le Zen. Indifférent à la victoire ou la défaite, comme dit Krishna à Ardjuna sur son char avant de livrer bataille (cf la Gita). N'est-ce pas une vision plus élargie de la condition humaine, qui permet de goûter à la vie en action? autrement pourquoi aurions-nous des mains et des jambes? Nous serions nés comme des éponges de mer, c'est suffisant pour contempler la vie, immobile.
Rappelez -vous : si vous faites encore une différence entre l'Absolu et le Relatif, c'est que vous êtes dans le Relatif...