Mardi 28 mars 2006

Philosophie de la perception

Il n’y a ni sujet ni objet. Les deux n’ont pas d’existence réelle, séparée, objective. Il y a eu méprise dès l’origine du phénomène perceptif. Nous nous situons d’emblée à l’extérieur. Or c’est une erreur, car nous sommes toujours à l’intérieur, pris, compris à l’intérieur, antérieurement à toute conscience, à toute objectivité.

Donc, ni sujet percevant ni objet perçu ; seul est la perception. Il n’y que la perception, et rien d’autre : soi-même percevant comme sujet et l’objet de perception; nous ici – supposément à l’intérieur – et l’objet là-bas – supposément à l’extérieur – n’existent pas tel quel. Ils n’ont d’existence que dans la perception elle-même, je dirais, la grande perception, pas notre perception du monde, de l’objet.

Par exemple, lorsque l’on voit (je prend volontairement une perception sensible) un objet quelconque, un arbre par exemple, alors moi-même et l’arbre, nous sommes à l’intérieur de la perception elle-même. Ce n’est pas moi qui vois. Il y a perception et j’en fais parti, je suis compris à l’intérieur, je suis pris par la perception, avant même que j’en fasse l’expérience consciente. L’arbre et moi-même sommes une perception unique, hors de toute notion de sujet et d’objet, de percevant et de perçu. « Il y a perception » – neutre : passif et universel – et non pas « je perçois » – actif et individuel. Si je regarde un arbre, ce n’est pas moi qui voit un arbre : c’est la perception de moi et de l’arbre dont je vais prendre conscience. En fait, lorsqu’on dit « je perçois un arbre », c’est que nous sommes en train de prendre conscience de la perception, « je prend conscience qu’il y a perception de moi et de l’arbre ». Le sujet et l’objet sont à l’intérieur de la perception, ils la composent mais ne s’en distinguent pas, ne s’en séparent pas. Il n’y a pas deux substances et une relation mais une unique relation : la perception. Les deux soit-disantes substances ne sont pas isolées et n’ont aucune réalité hors de la perception elle-même. C’est la perception qui les fait vivre, qui leur donne forme et consistance. L’existence est essentiellement un phénomène perceptif, une prise de conscience de la perception.

par Jahman publié dans : Le réel
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Dimanche 12 mars 2006

LIBERTE

 

La liberté exige l’affranchissement à l’égard de l’espace et du temps (qui engendrent l’avoir) ; la liberté exige la non-limitation spatio-temporelle. Mais, en même temps, nous ne pouvons prendre toute la mesure de la liberté que dans la référence à l’espace-temps ; nous en avons besoin comme mesure de référence (nous jugeons en effet à l’aune du relatif). La liberté réelle se réalise donc à l’intérieur du cadre spatio-temporel concret, dans les limites du visible mais elle opère à partir de l’invisible, de l’infini de l’espace et de l’éternité du temps. La puissance est invisible, hors de l’espace-temps, mais l’acte est visible et dans l’espace-temps. Il s’agit donc d’opérer à partir de l’éternel, de l’infini, c’est-à-dire à partir du centre de soi-même (centre qui co-fond le même et l’autre, toutes les dualités ; coïncidence des opposés : identité-altérité…), et l’acte se déploie dans sa signification visible à l’intérieur du monde sans pour autant être soumis à sa logique propre et participer de sa loi. La liberté est intérieure dans son essence, sa nature, sa puissance et elle n’est le Réel, la Vérité que dans cet intérieur. Car là, elle est dans son mi-lieu (le juste Milieu des Chinois), affranchie des limites (les bornes, les opposés ultimes que sont, par exemple, le même et l’autre), infinie et éternelle (non-né, non-morte, incréée et pourtant suprêmement réelle et vraie, authentique). Mais ce n’est qu’à l’intérieur du cadre restreint de l’espace-temps qu’on en saisi toute l’ampleur, la mesure et le sens.

 

par Jahman publié dans : Liberté
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Dimanche 12 mars 2006

Il n’y a que du plein, pas de vide, ou, ce qui revient fondamentalement au même, il n’y a que du vide et pas de plein.

Le point de la durée vécue sans contraintes ou contingences est le temps libre et pourtant conscient. Sur cette ligne temporelle d’une conscience (durée) il n’y a rien devant qui puisse arrêter sa progression, aucun obstacle (réconciliation), aucun objet particulier qui viendrait limiter ou clore cette temporalité vécue. La liberté est l’éternité.

 

Le Livre de la Vie, le plus gros livre du monde, est ce temps-là. Présence (occident) et vacuité (orient) sont une seule et même chose si la présence est totale et la vacuité absolue. On nomme cela l’Un car dans l’Un les contraires s’unissent. L’Un est transcendant car il est au-delà de l’existence, du monde et de l’homme, de la pensée. La transcendance est le mouvement qui va au-delà des règles de la logique en ce qu’il dépasse infiniment la pensée (entendement, raison, logos, intellect). Ce mouvement transcendant part d’une conscience individuelle pour s’élever à une dimension supérieure (totalité…). Cette conscience est déconnectée du mental en ce qu’elle n’est pas en état de cogitation, elle n’applique pas son intellect à un objet mais laisse être le multiple-à-lui-même. C’est une conscience non-réfléchissante. C’est en passant d’une vibration à une autre (encore faut-il trouver la bonne fréquence), en ralentissant le rythme vibratoire / ondulatoire du psychisme, qu’on fait naître le mouvement transcendant, tout au moins on rend possible ce mouvement en établissant les meilleures conditions pour passer au-delà de soi-même, tout au moins à regarder au-delà de soi-même. Car dans l’extase, on ne fait que voir, entr’apercevoir les réalités éternelles, les essences réelles (Platon). Peut-être l’intensité du moment éternel est-elle fonction de celle de la conscience. Le rythme de la fréquence consciente doit être inversement proportionnel à celui de la Présence-Vérité. En réduisant au maximum la tension, en rapprochant au plus près les vibrations psychiques du 0 absolu, on se rend capable de Dieu, apte à passer de l’autre côté de la rive. En d’autres termes, on établi les conditions adéquates à la vision éternelle. L’intérieur se purifie par cette diminution asymptotique de la fréquence / tension consciente. La conscience est alors plus souple et fraîche, moins encombrée, moins chargée, c’est-à-dire qu’elle commence à se détacher des lois de la matière / nature ; elle s’affine et devient légère et subtile.

 

C’est le paradoxe : en ralentissant le rythme de la tension psychique et mentale, on s’aperçoit d’une légèreté et d’une rapidité / célérité de l’esprit. On passe – intermédiaire – par le niveau de l’esprit, situé entre la conscience habituel / le mental et l’âme éternelle. Dans l’état conscient de l’esprit pur, le rythme psychique est si proche de 0 que le niveau esprit peut commencer à se faire voir, à percer le flux psychique. La réduction du rythme psychique atténue, puis supprime complètement, le voile de la réalité, maya, et laisse place à l’émergence de l’esprit sur le mode luminescent – qui est sa nature propre (Esprit = Vie = Lumière). Auparavant sombre et obscur, l’esprit-lumière demeurait inconscient, invisible, inexistant, en dehors des fréquences vibratoires du conscient habituel, mais maintenant qu’on a pratiqué la vibration tensionnelle, la lumière naît d’elle-même car l’esprit vibre à la vitesse de la lumière. Quand cette dernière est pure (sans tâches), le sujet complètement absorbé dans son éclair, la conscience vibratoire du conscient réduite à zéro devient alors identique à la fréquence de l’esprit-célérité. D’où sentiment de vitesse (alerte, attention) et la sensation de fraîcheur / souplesse / légèreté de l’ « esprit/conscience-témoins ». C’est seulement de ce niveau « esprit » que l’on peut atteindre celui de l’âme. La transcendance qui uni l’homme et Dieu se passe au niveau de l’âme car cette extase est le résultat de l’identification de l’homme / conscience, au niveau de l’esprit, avec l’âme, le principe divin. Le premier moment se passe entre le moi/ego et l’esprit ; le second moment entre l’esprit et l’âme.

L’esprit est lumière = 1ère transcendance

 

Mais, oh !

 

L’Esprit est vivant = 2ème transcendance

 

Et l’Esprit s’est fait âme. Et l’Âme est Dieu. Retourné à son principe originel (fan) qu’est l’âme (yeh, la racine), l’esprit regarde ce qui le fait rayonner et voit le néant, l’absolument rien caché derrière la lumière. C’est le point mort, le point obscur qu’est le néant qui est la source productrice de lumière-esprit. L’esprit, dans l’acte d’amour, rejoint sa demeure, sa source-néant dans l’absolu don de soi et se découvre uni à son âme. Tout le temps de l’expérience, la conscience-témoins est là qui regarde, les yeux brillants, émerveillée, les splendeurs de l’esprit et de l’âme dans leur union amoureuse, leur don réciproque, leur fin/achèvement l’un dans l’autre, l’un pour l’autre. L’union/fusion de l’esprit-néant et du néant-âme se voit par la conscience qui est alors dite en extase, car ce n’est plus elle-même ni même l’esprit (naturel, totalité, être) mais l’âme (néant, silence, infini-absolu). En s’auto-réduisant en néant, source de lumière, l’esprit vient se fondre dans l’âme, s’abolir dans l’acte du don/amour. Dès lors, c’est la grâce qui fait le reste, Dieu lui-même qui s’abaisse jusqu’à l’homme, naît en lui (transformation) car il ne reste plus que l’âme pure en cet homme. N’étant plus qu’âme, ce sujet conscient est divinisé sur le champ (Christ), par nécessité spirituelle si je puis dire. La conscience ne peut que voir ce silence éternel, cet esprit vivant. Il ne peut être question d’une transformation ontologique mais seulement d’une expérience de connaissance, une perception de la conscience-témoins, exposée à la lumière de l’esprit (1er temps, négation de la position) et du néant de Dieu (2ème temps, négation de la négation), mais jamais cela ne passe par le canal du mental (appropriation, saisie intellectuelle, possession par le discours).

 

Transcendance est union d’un plan de référence, d’un niveau de conscience à un autre. Cette élévation du degré de la conscience, de la clarté d’esprit, et finalement, de la présence (sentiment du réel, vie) ne peut se faire sans abnégation et rejet successif de tout ce qui n’est pas soi (détachement) pour enfin rejeter l’orgueil (dépossession, abandon), l’orgueil de vivre, d’exister, qui préside à la formation du « je ». Il s’agit en somme d’une purification en bon et dû forme.

 

Vaillant sera le guerrier au cœur pur s’il ne veut pas trébucher et se perdre. Téméraire et chantant sous la pluie pour la Gloire de Jah la vie des êtres ici-bas, il ira sur le toit de la maison, le brisera. Sans attache, le solitaire maintiendra son esprit en éveil. Sans jamais faillir, il ne feindra pas et ne trompera pas sa conscience-mémoire. Ne pas se mentir pour que le livre de la vie ne se referme pas. Combattant sans défaillir les démons qui l’assaillent de toutes parts, le guerrier se montrera chaleureux en toute occasion et n’hésitera pas à donner, cela pour l’amour de Dieu. Il se gardera de parler et en profitera pour garder le silence. Il redoublera de vigilance attentionnelle à chaque instant de son existence pour que rien ne manque à la réalité et que s’éveille l’esprit et que brille la lumière. Dépourvu de rancœur, le guerrier gardera toute sa noblesse d’âme et – surtout – sa liberté intacte, sa seule et unique possession, ce qui le maintient encore dans ce monde. Grandeur et liberté s’interpénètrent et se donnent sens l’un l’autre. L’absolue dépossession (le mouvement de dépossession qui s’achève dans la dépossession de la dépossession elle-même) est ce qu’on appelle « liberté totale », transcendance, union des couples d’opposés……

 

 

par Jahman publié dans : Temps
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Mardi 7 mars 2006

La vérité du philosophe réside dans son non-savoir. Tout le savoir du philosophe se fonde sur son inscience. De même, c’est grâce à l’oubli qu’il est possible de se ressouvenir. Sans oubli, le souvenir n’est pas possible, tout comme sans ignorance préalable, le savoir serait impossible. Toute connaissance part de l’ignorance tout comme l’ignorance pose ses limites (espace de l’ignorance et espace du savoir) par rapport à l’étendue des connaissances. On peut donc généraliser ce principe à toutes les qualias. Tout ce qu’il y a dans la conscience, tous ses états, tous les sentiments, les idées, les mots, les significations, les souvenirs et les connaissances, sortent du néant. Tout ce qui se trouve dans la conscience trouve sa source dans hors de soi. C’est sur l’absence, le rien, le creux, le vide et la manque que viennent sortir les données de notre conscience. Tout ce qui se passe à l’intérieur de notre conscience subjective, toutes les opérations (du ressouvenir à l’idée, de la mémoire à la réflexion) émergent sur fond d’un trou. L’activité créatrice prend appui sur la force opposée – et même – elle puise sa force, elle prend sa source dans le néant. Les formes extérieures, apparentes du créé, du monde sensible ne sont que les manifestations du néant à travers notre mode personnel. (humain). Ce que nous sommes, ce que nous voyons, ce que nous faisons quotidiennement n’est que la partie émergée, la pôle connu de la réalité, la parole connue de la totalité du Verbe. Notre réalité, notre mode d’être au monde est le fruit d’une séparation d’avec ce néant originel. A chaque instant de notre existence, on se pose contre notre contraire. On est par opposition au non-être. On fonde notre réalité sur un néant absolu, total. De notre point de vue habituel, on ne peut apercevoir le contraste. Notre réalité n’est qu’une ombre de réalité. Notre existence est le fruit d’une appropriation de l’être, un don de Dieu. Dieu accepte de se séparer d’une partie de lui-même pour créer le monde et l’homme. Il donne de l’ontos à autre chose que lui mais qui émane de lui (création). De même, nous devons renoncer à nous-mêmes, nous nier afin de rentrer dans le néant, notre patrie.

 

par Jahman publié dans : philosophie
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Samedi 4 mars 2006

REFLEXION ET MEDITATION SUR LA PHILOSOPHIE : PRATIQUE ET ACTIVITE

 

Actualité et utilité de la philosophie ?

 

  • La philosophie comme théorie et pratique, comme discours et exercice a-t-elle une utilité, peut-elle s’exprimer en des termes pragmatiques ?

     

  • Quel rapport existe-t-il entre la philosophie – discours et pratique – et l’actualité ?

     

 

    1. la philosophie fait sortir du quotidien en amenant progressivement à la contemplation (vue) des Idées, des essences éternelles (platonisme). La philosophie permet de s’extraire de l’engluement du Quotidien, ou du moins de prendre de la distance à l’égard de l’emprise des préoccupations des objets et de monde (Heidegger), c’est-à-dire de l’actualité, de l’histoire, de la présence immédiate, aliénante de soi et du monde (inauthenticité, oubli de l’être). La philosophie est une mise en perspective par un recul, une distance, opérée par l’intellect.

       

Dans un autre sens, la philosophie, en nous amenant à la perception essentielle, éloigne la conscience de la durée subjective en la rapprochant de la pure actualité, de l’instant où il n’y a plus de durée mais simplement l’acte dans sa durée propre, interne. L’« actu-alité » de l’object se découvre des revêtements de l’étant (durée relative, spatialisation) pour mettre en lumière son être / essence (instant absolu, temporalité pure – hors de toute spatialité, atemporalité de l’instant dans son passage à l’acte). La contemplation des essences est une perception non-médiatisée, directe, de la réalité en tant qu’elle est passage de l’être à l’étant, présentification de l’esse dans l’existare. L’essence occultée dans la durée se dévoile par la contemplation philosophique (activité du sujet) qui s’extrait de la durée pour mieux saisir la lumière intrinsèque de l’essence intemporelle, c’est-à-dire l’identité de l’objet de la médiation avec son propre mouvement d’existence. Il n’y a plus de séparation sujet-objet, mais la « sujet » percevant est dans l’acte même de l’intratemporalité de l’objet. Le sujet ne fait plus qu’un avec l’objet et ce dernier découvre son acte-temps comme lumière pour le sujet contemplatif – car c’est par la vue que la philosophe perçoit l’essence (lux), l’origine de ce qui apparaît comme un objet extérieur. La pratique de la contemplation philosophique donne à voir la puissance-essence dans son mouvement de présentification / actualisation vers l’acte-étant. De la puissance à l’acte, de l’instant à la durée, de l’essence à l’étant, la vision du philosophe se fixe sur ce passage, ce prémisse de la naissance, de la transformation, du changement d’état (il y découvre une multiplicité d’état et une unité de nature, la différence dans les états et l’identité dans la nature) : c’est la mutation du Réel / Vérité en réalité / illusion des sens.
par Jahman publié dans : philosophie
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