Lundi 15 mai 2006

Le don de l'être
Etre = don L'être a pour essence l'esprit. Donnons-nous en esprit ; se donner, voilà la méthode infaillible.

 

Il s'agit d'inverser notre mode d'être. Là où nous vivons pour nous-mêmes, c'est-à-dire en prenant, en s'accaparant, en collectionnant, en accumulant, il nous faut inverser ce processus et donner, nous donner. Pour comprendre – et surtout pour mettre en pratique – le don de l'être, le don de soi-même, le don spirituel, on peut analyser ce don à partir de la notion de temps, d'instant et d'éternité.

Mais sachez que l'analyse et la compréhension discursive sont encore des collections de connaissances, des accaparements, c'est-à-dire un vécu sur le mode « avoir ».

Habituellement nous accaparons le temps, nous nous servons du temps pour soi-même, nous accumulons des objets, des connaissances, des idées, des mots, et finalement des données-de-conscience, donc du temps, dès notre réveil matinal. La conscience s'allume et nous commençons à accomplir sans relâche ce travail d'accumulation objectale, de préhension temporelle. Nous prenons le temps pour notre usage personnel. C'est avec l'esprit de profit que nous vivons. Et cet esprit ne fait que prendre, que tirer à lui tout ce qui passe à proximité de son orbite d'attraction. Pour cela, il reçoit le soutien de nos sens – en particulier la vue et l'ouie. Ces deux sens sont essentiellement des sens de l'avoir car ils interceptent leurs informations respectives : images et sons pour l'esprit qui s'en sert à son profit.

Habituellement nous voulons saisir le temps, nous en servir, (alors que nous devrions le servir), nous accaparer l'instant fugace, le retenir, le garder pour soi . Nous retenons le temps dans notre conscience et, par là nous lui faisons violence. Et c'est bien là tout notre drame. L'instant ne s'attrape pas. Il est impossible de retenir l'instant. Tout ce que nous parvenons à garder c'est une impression, une idée, un souvenir, mais l'instant, lui, est passé à tout jamais. Il en va de même pour les images et les sons mais l'illusion est plus grande et nous gardons un semblant de réalité – la constitution du sujet conscient – avec la vue et l'ouie. Ces objets sensibles – images et sons – peuvent au contraire du temps être accaparés et accumulés dans la conscience bien qu'il s'agisse là que d'une illusion, d'un irréel (névrose, aliénation). Car, réellement, l'image que nous percevons est tout aussi fugace que le temps lui-même. Les images et les sons, les objets visuels et sonores sont eux aussi soumis au temps. Les objets sensibles sont avant tout des objets temporels, en devenir, et les capter, les nommer, les prendre, les avoir, les connaître, c'est les couper de leur flux temporel, c'est les couper de leur origine, de leur milieu, de leur fond, bref de leur existence propre. Prendre ces objets sensibles c'est leur retirer leur existence et se l'approprier. En nommant on veut prendre la puissance des objets ; on veut retirer de l'énergie et du pouvoir par la captation des objets intellectuels et sensibles. On veut se nourrir, comme le vampire, de l'énergie que contiennent ces objets ; mais nous ne faisons que les tuer, sans rien retirer de leur substantielle moelle, car celle-ci ne peut se prendre de force, avec violence. Il faudrait que l'objet lui-même se donne, donne son énergie, son existence pour que l'on en retire une énergie, une puissance. Mais vouloir lui soutirer avec violence ne mène qu'à le tuer, et, finalement, en se tue avec lui… Prendre ces objets sensibles – images et sons – c'est intégrer ces objets à notre existence – c'est le sens d'appropriation : passage d'une existence à une autre, transmission d'un contenant à un autre. L'information, le contenu est transvasé de l'autre au même. Les objets visuels et auditifs qui étaient sous l'emprise du temps passent alors sous notre propre emprise, sous notre propre temporalité, sous notre conscience. Or, la conscience doit demeurer vide, c'est un miroir qui ne fait que refléter la réalité, mais ne garde rien. Son but n'est pas de se remplir de temps mais d'observer, de voir et d'entendre. La conscience se solidifie, et meure, en prenant ces objets alors qu'elle est au départ un verbe, un flux, parmi les flux temporels que sont les objets qu'elle observe. L'activité de la conscience est d'observer, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui méditer.

 

Par l'observation, ou méditation, ou concentration, nous allons découvrir par nous-même que nous prenons sans cesse le temps, que nous cherchons à accaparer le temps, à saisir l'instant, à retenir ce qui ne peut l'être, à retenir ce temps qui semble nous fuir. Et nous allons apprendre à le laisser fuir tranquillement.

  1. Observons attentivement : Fermons les yeux et écoutons. ECOUTER ! Pour écouter, il faut d'abord taire la parole intérieure. En écoutant, en faisant attention aux sons, bruits, proches et lointains, nous faisons spontanément silence.
  2. Observons sur la durée, écoutons attentivement pendant 5 minutes, les yeux fermés, sans relâcher l'attention, mais en relâchant la tension. Nous constatons que la parole intérieure, le discours reprend inconsciemment. Persévérons dans notre écoute attentive et peu à peu le silence s'installe. Nous commençons à lâcher-prise. Ce bavardage incessant n'est rien d'autre qu'un refus de lâcher prise. Faire silence c'est se donner à l'altérité.
  3. En pratiquant quotidiennement, toujours de la même manière, le plus souvent possible, l'écoute attentive, nous nous apercevons qu'habituellement nous sommes figés sur notre position, fermé à l'autre, et nous cherchons à transformer le temps en conscience, c'est-à-dire en temporalité subjective. Nous cherchons à pérenniser ce qui est « mien » ce qui m'est « propre », ce qui engendre un souci permanent de soi. En effet, nous nous soucions constamment de nous-mêmes et cela est inconscient.

 

La méditation permet de nous distancier de ce souci de soi, de prendre du recul vis-à-vis de notre rapport au temps et au monde en tant qu'il est en devenir.

La voie de libération proposée par toutes les religions n'est rien de moins qu'un retournement de notre mode d'être : plutôt que d'appréhender le monde, il s'agit d'y renoncer – non pas pour le simple fait d'y renoncer mais pour que notre puisse se donner. Si cette dernière phrase est au passif c'est que ce n'est pas nous qui, volontairement, nous donnons. Ce don d'être, cet être sur le mode « don » se fait de lui-même dès lors que nous renonçons à prendre le monde, le temps. Et cela est une merveilleuse libération. Pour que l'être se donne il faut d'abord renoncer à prendre. En cessant de vouloir avoir pour soi, nous pouvons être pour l'autre. Le renoncement nous rend disponible, ouvert et prêt à donner. Car l'être se donne de lui-même sans l'obliger ou le contraindre, sans violence. Le don est doux, le « prendre » est violent. En effet, c'est le propre de l'être de se donner ; son essence est le don. L'être est l'esprit et l'esprit est à la fois un don et l'acte de se donner. L'esprit donne et se donne dans ce don même. L'être n'est rien d'autre que ce processus spirituel, cette création de l'esprit. : esprit se donnant dans son don d'être.

Par l'écoute attentive, nous prenons nos distances vis-à-vis de notre conscience en tant qu'elle est bavardage intérieur, bruit. Il n'y a plus qu'une observation du monde extérieur et du monde intérieur. Cela peut prendre plusieurs années ; plusieurs mois si la pratique est assidue. Le silence s'est fait mais nous n'avons pas conscience de ce silence : nous le sommes. Ce que la conscience sépare, l'observation le joint. Là où la conscience nous séparait du temps en se l'accaparant, l'observation nous uni au temps en permettant à l'être de se donner.

En définitive, il s'agit de se vider, de se dépouiller, de renoncer pour que – passivement, spontanément – sans volonté propre, sans intention personnelle, l'être s'ouvre et se donne, l'esprit se libère. Nous ne faisons plus qu'un avec le réel, le temps.

par Jahman publié dans : Qui suis-je ?
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Jeudi 27 avril 2006

L’ILLUSION NAIT DU MOUVEMENT

Notre perception est une perception de l’illusion. Nous percevons des illusions, des réalités, non le Réel. Par la suite, notre ego redouble cette illusion initiale (extérieure) en la transformant en illusion intérieure, mais il est déjà trop tard. Le mouvement est de tel nature que notre appareil perceptif est incapable de percevoir le Réel, mais seulement les réalités. D’où vient ce mouvement ? Qui crée cette illusion ? Quelle est la cause de l’illusion ? Nul ne le sait s’il n’a pas renoncé à lui-même. L’esprit, dès qu’il s’active, perd le contact avec l’Ouvert, perd la trace de la vérité, sort de l’orbite géostationnaire de l’Etre, du principe. C’est l’esprit qui forme la réalité, qui crée l’illusion. Seul un esprit quiet est le Réel car ils sont tous deux immobile. Vive l’immobilité ! L’esprit en mouvement connaît les réalités mais l’esprit immobile est le Réel. Pour que nous puissions être le Réel, notre esprit doit demeurer pure, c’est-à-dire vide de toute impression sensible et intelligible ; l’esprit doit être pure présence immobile. En cela c’est un tort de croire que l’esprit doit s’absenter, que l’on doit « s’évader » car l’esprit est toujours en recherche et s’il ne demeure pas présent à lui-même, s’il part à la « conquête », à la découverte du monde extérieur ou du monde intérieur, s’il part voyager dans les réalités (qu’ils crée par là même), il est alors en mouvement : c’est l’imagination. L’esprit est plus souvent en train d’imaginer, de fabriquer des images, de « se faire des films » car il est gouverné par l’ego, la créature en nous. L’esprit nu, vide, pur, immobile, détaché, silencieux, attentionnel, ne se disperse pas, ne s’extériorise pas, ne produit pas images, symboles, sens, il n’agit pas. Dans le l’inagir (ou non-agir), le wu-wei, dans l’immobilité et le silence, dans le vide (non pas l’absence) l’esprit est le Réel. Il y a donc passage du connaître à l’être, du mouvement à l’immobilité, des réalités au Réel, du multiple à l’Un. Par là, on cesse d’être séparé du Tout, de l’universel car on cesse de connaître, de vouloir, de chercher… Il n’y a plus de phénoménologie sujet-objet, il n’y a plus d’intentionnalité du sujet, plus de dualité. Réfléchir, philosopher, penser et c’est déjà trop tard. Le temps, le mouvement et l’agir créer de concert l’illusion, la maya, les réalités, les mondes. Dès cet instant crucial, dès cet enclenchement de l’agir cérébral, il est trop tard, nous sommes englué, pris dans le temps, prisonnier. Et nous sommes trop faibles, pas assez puissants pour nous élever, nous déprendre si l’on ne stoppe pas ce processus « temporalisateur », « créativateur ». l’urgence spirituelle, mystique, salvatrice doit nous amener, par la pratique, à ne pas enclencher ce processus, à ne pas « commencer à » connaître, agir, se mouvoir, penser, etc. Si l’on entre pas dans le jeu de maya, si l’on refuse avec puissance spirituelle ce jeu diabolique, si l’on se tourne fermement vers Dieu, nous demeurerons au centre, au point immobile, dans le Tout, dans la présence ontologique, dans la plénitude, l’absolu du Réel.

The snake goes move to the power of the though – the dance of the snake

 

Le serpent représente l’illusion, symbole de l’illusion, il se met à bouger, en mouvement par le pouvoir de la pensée. C’est l’esprit en activité qui forme, figure l’illusion par son mouvement propre.

par Jahman publié dans : Le réel
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Mardi 28 mars 2006

Philosophie de la perception

Il n’y a ni sujet ni objet. Les deux n’ont pas d’existence réelle, séparée, objective. Il y a eu méprise dès l’origine du phénomène perceptif. Nous nous situons d’emblée à l’extérieur. Or c’est une erreur, car nous sommes toujours à l’intérieur, pris, compris à l’intérieur, antérieurement à toute conscience, à toute objectivité.

Donc, ni sujet percevant ni objet perçu ; seul est la perception. Il n’y que la perception, et rien d’autre : soi-même percevant comme sujet et l’objet de perception; nous ici – supposément à l’intérieur – et l’objet là-bas – supposément à l’extérieur – n’existent pas tel quel. Ils n’ont d’existence que dans la perception elle-même, je dirais, la grande perception, pas notre perception du monde, de l’objet.

Par exemple, lorsque l’on voit (je prend volontairement une perception sensible) un objet quelconque, un arbre par exemple, alors moi-même et l’arbre, nous sommes à l’intérieur de la perception elle-même. Ce n’est pas moi qui vois. Il y a perception et j’en fais parti, je suis compris à l’intérieur, je suis pris par la perception, avant même que j’en fasse l’expérience consciente. L’arbre et moi-même sommes une perception unique, hors de toute notion de sujet et d’objet, de percevant et de perçu. « Il y a perception » – neutre : passif et universel – et non pas « je perçois » – actif et individuel. Si je regarde un arbre, ce n’est pas moi qui voit un arbre : c’est la perception de moi et de l’arbre dont je vais prendre conscience. En fait, lorsqu’on dit « je perçois un arbre », c’est que nous sommes en train de prendre conscience de la perception, « je prend conscience qu’il y a perception de moi et de l’arbre ». Le sujet et l’objet sont à l’intérieur de la perception, ils la composent mais ne s’en distinguent pas, ne s’en séparent pas. Il n’y a pas deux substances et une relation mais une unique relation : la perception. Les deux soit-disantes substances ne sont pas isolées et n’ont aucune réalité hors de la perception elle-même. C’est la perception qui les fait vivre, qui leur donne forme et consistance. L’existence est essentiellement un phénomène perceptif, une prise de conscience de la perception.

par Jahman publié dans : Le réel
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Dimanche 12 mars 2006

LIBERTE

 

La liberté exige l’affranchissement à l’égard de l’espace et du temps (qui engendrent l’avoir) ; la liberté exige la non-limitation spatio-temporelle. Mais, en même temps, nous ne pouvons prendre toute la mesure de la liberté que dans la référence à l’espace-temps ; nous en avons besoin comme mesure de référence (nous jugeons en effet à l’aune du relatif). La liberté réelle se réalise donc à l’intérieur du cadre spatio-temporel concret, dans les limites du visible mais elle opère à partir de l’invisible, de l’infini de l’espace et de l’éternité du temps. La puissance est invisible, hors de l’espace-temps, mais l’acte est visible et dans l’espace-temps. Il s’agit donc d’opérer à partir de l’éternel, de l’infini, c’est-à-dire à partir du centre de soi-même (centre qui co-fond le même et l’autre, toutes les dualités ; coïncidence des opposés : identité-altérité…), et l’acte se déploie dans sa signification visible à l’intérieur du monde sans pour autant être soumis à sa logique propre et participer de sa loi. La liberté est intérieure dans son essence, sa nature, sa puissance et elle n’est le Réel, la Vérité que dans cet intérieur. Car là, elle est dans son mi-lieu (le juste Milieu des Chinois), affranchie des limites (les bornes, les opposés ultimes que sont, par exemple, le même et l’autre), infinie et éternelle (non-né, non-morte, incréée et pourtant suprêmement réelle et vraie, authentique). Mais ce n’est qu’à l’intérieur du cadre restreint de l’espace-temps qu’on en saisi toute l’ampleur, la mesure et le sens.

 

par Jahman publié dans : Liberté
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Dimanche 12 mars 2006

Il n’y a que du plein, pas de vide, ou, ce qui revient fondamentalement au même, il n’y a que du vide et pas de plein.

Le point de la durée vécue sans contraintes ou contingences est le temps libre et pourtant conscient. Sur cette ligne temporelle d’une conscience (durée) il n’y a rien devant qui puisse arrêter sa progression, aucun obstacle (réconciliation), aucun objet particulier qui viendrait limiter ou clore cette temporalité vécue. La liberté est l’éternité.

 

Le Livre de la Vie, le plus gros livre du monde, est ce temps-là. Présence (occident) et vacuité (orient) sont une seule et même chose si la présence est totale et la vacuité absolue. On nomme cela l’Un car dans l’Un les contraires s’unissent. L’Un est transcendant car il est au-delà de l’existence, du monde et de l’homme, de la pensée. La transcendance est le mouvement qui va au-delà des règles de la logique en ce qu’il dépasse infiniment la pensée (entendement, raison, logos, intellect). Ce mouvement transcendant part d’une conscience individuelle pour s’élever à une dimension supérieure (totalité…). Cette conscience est déconnectée du mental en ce qu’elle n’est pas en état de cogitation, elle n’applique pas son intellect à un objet mais laisse être le multiple-à-lui-même. C’est une conscience non-réfléchissante. C’est en passant d’une vibration à une autre (encore faut-il trouver la bonne fréquence), en ralentissant le rythme vibratoire / ondulatoire du psychisme, qu’on fait naître le mouvement transcendant, tout au moins on rend possible ce mouvement en établissant les meilleures conditions pour passer au-delà de soi-même, tout au moins à regarder au-delà de soi-même. Car dans l’extase, on ne fait que voir, entr’apercevoir les réalités éternelles, les essences réelles (Platon). Peut-être l’intensité du moment éternel est-elle fonction de celle de la conscience. Le rythme de la fréquence consciente doit être inversement proportionnel à celui de la Présence-Vérité. En réduisant au maximum la tension, en rapprochant au plus près les vibrations psychiques du 0 absolu, on se rend capable de Dieu, apte à passer de l’autre côté de la rive. En d’autres termes, on établi les conditions adéquates à la vision éternelle. L’intérieur se purifie par cette diminution asymptotique de la fréquence / tension consciente. La conscience est alors plus souple et fraîche, moins encombrée, moins chargée, c’est-à-dire qu’elle commence à se détacher des lois de la matière / nature ; elle s’affine et devient légère et subtile.

 

C’est le paradoxe : en ralentissant le rythme de la tension psychique et mentale, on s’aperçoit d’une légèreté et d’une rapidité / célérité de l’esprit. On passe – intermédiaire – par le niveau de l’esprit, situé entre la conscience habituel / le mental et l’âme éternelle. Dans l’état conscient de l’esprit pur, le rythme psychique est si proche de 0 que le niveau esprit peut commencer à se faire voir, à percer le flux psychique. La réduction du rythme psychique atténue, puis supprime complètement, le voile de la réalité, maya, et laisse place à l’émergence de l’esprit sur le mode luminescent – qui est sa nature propre (Esprit = Vie = Lumière). Auparavant sombre et obscur, l’esprit-lumière demeurait inconscient, invisible, inexistant, en dehors des fréquences vibratoires du conscient habituel, mais maintenant qu’on a pratiqué la vibration tensionnelle, la lumière naît d’elle-même car l’esprit vibre à la vitesse de la lumière. Quand cette dernière est pure (sans tâches), le sujet complètement absorbé dans son éclair, la conscience vibratoire du conscient réduite à zéro devient alors identique à la fréquence de l’esprit-célérité. D’où sentiment de vitesse (alerte, attention) et la sensation de fraîcheur / souplesse / légèreté de l’ « esprit/conscience-témoins ». C’est seulement de ce niveau « esprit » que l’on peut atteindre celui de l’âme. La transcendance qui uni l’homme et Dieu se passe au niveau de l’âme car cette extase est le résultat de l’identification de l’homme / conscience, au niveau de l’esprit, avec l’âme, le principe divin. Le premier moment se passe entre le moi/ego et l’esprit ; le second moment entre l’esprit et l’âme.

L’esprit est lumière = 1ère transcendance

 

Mais, oh !

 

L’Esprit est vivant = 2ème transcendance

 

Et l’Esprit s’est fait âme. Et l’Âme est Dieu. Retourné à son principe originel (fan) qu’est l’âme (yeh, la racine), l’esprit regarde ce qui le fait rayonner et voit le néant, l’absolument rien caché derrière la lumière. C’est le point mort, le point obscur qu’est le néant qui est la source productrice de lumière-esprit. L’esprit, dans l’acte d’amour, rejoint sa demeure, sa source-néant dans l’absolu don de soi et se découvre uni à son âme. Tout le temps de l’expérience, la conscience-témoins est là qui regarde, les yeux brillants, émerveillée, les splendeurs de l’esprit et de l’âme dans leur union amoureuse, leur don réciproque, leur fin/achèvement l’un dans l’autre, l’un pour l’autre. L’union/fusion de l’esprit-néant et du néant-âme se voit par la conscience qui est alors dite en extase, car ce n’est plus elle-même ni même l’esprit (naturel, totalité, être) mais l’âme (néant, silence, infini-absolu). En s’auto-réduisant en néant, source de lumière, l’esprit vient se fondre dans l’âme, s’abolir dans l’acte du don/amour. Dès lors, c’est la grâce qui fait le reste, Dieu lui-même qui s’abaisse jusqu’à l’homme, naît en lui (transformation) car il ne reste plus que l’âme pure en cet homme. N’étant plus qu’âme, ce sujet conscient est divinisé sur le champ (Christ), par nécessité spirituelle si je puis dire. La conscience ne peut que voir ce silence éternel, cet esprit vivant. Il ne peut être question d’une transformation ontologique mais seulement d’une expérience de connaissance, une perception de la conscience-témoins, exposée à la lumière de l’esprit (1er temps, négation de la position) et du néant de Dieu (2ème temps, négation de la négation), mais jamais cela ne passe par le canal du mental (appropriation, saisie intellectuelle, possession par le discours).

 

Transcendance est union d’un plan de référence, d’un niveau de conscience à un autre. Cette élévation du degré de la conscience, de la clarté d’esprit, et finalement, de la présence (sentiment du réel, vie) ne peut se faire sans abnégation et rejet successif de tout ce qui n’est pas soi (détachement) pour enfin rejeter l’orgueil (dépossession, abandon), l’orgueil de vivre, d’exister, qui préside à la formation du « je ». Il s’agit en somme d’une purification en bon et dû forme.

 

Vaillant sera le guerrier au cœur pur s’il ne veut pas trébucher et se perdre. Téméraire et chantant sous la pluie pour la Gloire de Jah la vie des êtres ici-bas, il ira sur le toit de la maison, le brisera. Sans attache, le solitaire maintiendra son esprit en éveil. Sans jamais faillir, il ne feindra pas et ne trompera pas sa conscience-mémoire. Ne pas se mentir pour que le livre de la vie ne se referme pas. Combattant sans défaillir les démons qui l’assaillent de toutes parts, le guerrier se montrera chaleureux en toute occasion et n’hésitera pas à donner, cela pour l’amour de Dieu. Il se gardera de parler et en profitera pour garder le silence. Il redoublera de vigilance attentionnelle à chaque instant de son existence pour que rien ne manque à la réalité et que s’éveille l’esprit et que brille la lumière. Dépourvu de rancœur, le guerrier gardera toute sa noblesse d’âme et – surtout – sa liberté intacte, sa seule et unique possession, ce qui le maintient encore dans ce monde. Grandeur et liberté s’interpénètrent et se donnent sens l’un l’autre. L’absolue dépossession (le mouvement de dépossession qui s’achève dans la dépossession de la dépossession elle-même) est ce qu’on appelle « liberté totale », transcendance, union des couples d’opposés……

 

 

par Jahman publié dans : Temps
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