L’être-au-monde du Dasein peut être dégagé par l’analyse de l’altérité, c’est-à-dire de l’être-avec et de l’être soi-même. L’autre est une structure de l’ego, un mode d’être moi-même.
Pour Heidegger, moi-même et l’autre relèvent d’une même structure de l’être. L’autre est pensé dans l’horizon de l’être-au-monde du Dasein lui-même. Dans ce sens, l’autre m’appartient en tant qu’il fait partie de la même structure de l’être.
Wegsehen = faire abstraction, se détourner de, détourner le regard → introduit le Dasein (dans son mode d’être quotidien et mondain) dans l’oubli de la finitude, de la mort.
Sehen = vue. Heidegger insiste beaucoup, comme Saint Augustin, sur l’importance accordée à la perception, à la vue. Le Dasein est l’être qui s’ouvre vers autrui. A l’inverse, mitsein, c’est autrui qui est avec.
Le Dasein n’a pas la même modalité que l’outil, il n’appelle pas la préoccupation mais la sollicitude, le souci. Le Dasein est constitué comme un être-avec. Heidegger oppose donc l’outil subsistant et l’autre. Le rapport à autrui ne peut être thématisé, réfléchi. La rencontre de l’autre se fait dans une interaction, une structure anonyme et indifférente. Le mitsein (l’autre) est, comme l’outil, inséré dans une structure de préoccupation qui est caractérisée par l’anonymat et l’indifférence. Le Dasein est un être fasciné, un être pris dans le monde, un être capté par le monde. Etre au monde, c’est, la plupart du temps être hors de soi-même. En étant pris dans ce réseau d’objet qui constitue la mondanéité, le Dasein oubli la question de l’être, oubli de s’interroger sur ce qui fait qu’il est ce qu’il est (identité ontologique). A cause de cette préoccupation pour les objets et de la sollicitude pour les autres, le Dasein oubli la question de l’être, sort de lui-même de sorte qu’il n’est plus lui-même. Qui le Dasein dans sa quotidienneté est-il donc.
Le mitsein c’est l’être-là avec. Cet être-avec est le propre du Dasein dans les préoccupations quotidiennes. Le plus souvent, le Dasein n’est pas lui-même car il est prit dans le réseau de relation, dans la quotidienneté, dans la mondanéité.
Dans la relation à l’autre, le Dasein ne se confronte pas à un ego car le même et l’autre appartiennent tous deux à la même structure de la mondanéité. L’autre est alors l’occasion de prendre conscience de sa nature préréflexive, de son être réel. L’ego se comprend à partir de ce qu’il fait, à partir des préoccupations, à partir d’une temporalité engagée dans l’acte, dans ce qu’il fait. L’ipsé, autant que soi-même, se comprend à partir d’une temporalité singulière pris dans le monde.
L’être-seul n’est qu’un mode d’être-avec du fait qu’il est toujours déjà au-monde. L’être-seul du Dasein c’est être-avec dans un monde.
Le Dasein est submergé dans le quotidien : il agit mais ne réfléchit pas. Il est dominé par le On. Le Dasein, comme être quotidien, est sous l’emprise d’autrui qui lui ôte son être propre en lui faisant oublier, en l’en distançant, en le recouvrant de sa facticité. Le rapport à l’autre est pensé en terme de domination. Cette domination de l’autre est le fruit de son indifférence, de l’anonymat. Elle vient de la structure de l’être-au-monde qui est la quotidienneté anonyme du Dasein. Ce sont les rapports anonymes et indifférents qui exercent la domination. Dans la quotidienneté, on ne peut pas distinguer les différences particulières, le « qui » authentique.
Le On est caractérisé par la médiocrité, la facticité et l’anonymat. Le souci pour la médiocrité constitue le nivellement de toutes les possibilités d’être, c’est le mode d’être-au-monde inauthentique.
C’est la publicité qui règle la mondanéité pour le Dasein dans sa quotidienneté. Le public est le résultat de ce nivellement quotidien, de ce qui va de soi, de la banalité, de l’indifférence aliénante. Le nivellement, la médiocrité constituent la publicité, c’est-à-dire le mode d’être du On dans le sens où ce mode d’être est un distancement et un oubli à l’égard de l’être, un distancement de la profondeur ontologique de l’être.
Les préoccupations du Dasein constituent le mode d’être quotidien. Ces préoccupations l’aliènent. Dans la mesure où le Dasein oubli la singularité de l’être dans ses préoccupations, ces dernières portent le Dasein loin de lui-même, dans un distancement vis-à-vis de lui-même et d’autrui : le Dasein n’est pas lui-même, authentique, mais vit par la captation (l’agir intégré) du monde, le caractère public du monde. L’oubli de l’être passe par la captation et la publicité du monde. Le On (indifférence publique) exerce une domination sur le Dasein en le détournant de lui-même, en lui faisant oublier son être propre.
Chapitre 5 : Approfondissement de la description des structures de l’être du Dasein : l’être-là comme tel. L’être originaire du Dasein, c’est le souci. Heidegger rompt avec la philosophie de la représentation (Descartes, Hobbes, Schopenhauer). Selon cette philosophie, on ne sort jamais de ses propres représentations. Avec Heidegger, la conscience est renvoyée à autre chose, à l’être, qui permet de sortir de ses représentations. Heidegger pense autrement le rapport entre la réalité et la représentation car il pense le Dasein en terme de « souci ». Par là, Heidegger s’oppose à la philosophie de la représentation et de la volonté (Nietzsche) ; il ouvre la voie pour dépasser cette tradition et dégager la constitution de l’être au-delà justement des représentations. Le Dasein est l’ouverture de l’être. Le « Da » du Dasein, c’est l’ouverture. Cette ouverture permet au Dasein d’explicité son être (différent que la représentation de l’être). Cette explicitation de l’être par le Dasein est possible à partir d’une triple structure :
- Affectivité : manière dont je me sens. L’affection est toujours sous-jacente. L’affectivité renvoie au souci en tant que celui-ci est la structure fondamentale du Dasein.
- Compréhension : manière de percevoir l’homme (différent de l’explication, analytique). La compréhension porte sur le « da », l’ouverture de l’être du Dasein.
- Parole : l’ouverture au monde s’effectue dans l’acte de parler (Rede), par la parole. Le da c’est la parole. Mais la parole peut dégénérer dans la quotidienneté anonyme en bavardage (Gerede).
L’affectivité est une structure fondamentale de l’être-au-monde du Dasein. Il y a une égalité primordiale constitutive de l’ouverture (Da) au monde du Dasein. C’est à partir de cette structure que le monde peut revêtir un sens. C’est à partir de l’ontologique que le Dasein peut exister au niveau au niveau ontique. L’affectivité joue un rôle primordial dans la constitution du souci qui est le propre du Dasein, de l’être-au-monde. L’affectivité ouvre au monde. L’affectivité, c’est la manière dont je me sens. Nous ne sommes jamais maître de la manière dont on se sent. « L’affection ouvre le Dasein en tant qu’être jeté ». La maîtrise de soi n’est possible que par un contre sentiment : si je suis en colère, je me calme. Dans tous les cas, on ne peut sortir de l’affectivité. Quoi qu’il arrive, l’affectivité balance d’une manière de se sentir à une autre manière mais sans sortir de cette affectivité, quelle qu’elle soit. La manière dont je me sens ouvre une affectivité fondamentale, c’est-à-dire qu’elle « ouvre le Dasein dans son être jeté », dans le fait d’être au monde, d’être jeté hors de soi dans le monde. L’affectivité, par l’ouverture de l’être-au-monde (par le Da du Dasein), nous jette dans le monde qui nous détourne de nous-même. L’ouverture et l’« être-pour » jettent le Dasein hors de lui-même en le détournant de se préoccupation fondamentale, l’être, pour le plonger dans le réseau des préoccupations de la mondanéité. L’être-jeté nous détourne de notre propre être.
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