Temporalité de l’affection
La compréhension est toujours à penser liée à l’affection car la compréhension est toujours affectée. Le comprendre est fondé en premier lieu dans l’avenir. L’affection, au contraire, temporalise au niveau du passé. L’affection se fonde primairement dans l’être-été. La question de l’affectivité est abordée à partir de la temporalité de la peur (inauthenticité) et de l’angoisse (authenticité).
- La peur se révèle comme une affection inauthentique. La peur nous confronte aux préoccupations des choses de ce monde. La peur est toujours la peur de quelque chose qui menace notre possibilité d’être factice par rapport aux choses dont nous nous préoccupons. La peur s’ouvre vers ce qui nous menace dans un contexte quotidien du monde. La temporalité de la peur est une temporalité inauthentique. La peur se rapporte à un objet de préoccupation qui nous détourne de nous-mêmes par l’attente. La peur est renvoyée à un objet et non au Dasein lui-même, dans sa possibilité la plus propre. La confusion devant ce qui nous menace est une forme d’oubli de soi-même. A l’oubli de soi-même dans la peur correspond une présentification confuse de ce qui nous menace, de l’objet-à-côté. La présentification à partir de l’oubli de l’objet qui nous menace se projette dans l’attente. La peur est pensée à partir de l’oubli de la répétition du passé.
- L’angoisse, au contraire de la peur, nous détourne de la préoccupation quotidienne pour nous ramener à l’étrangeté de nous-mêmes. L’angoisse, au lieu de nous projeter vers, nous ramène à notre possibilité la plus propre. L’angoisse fait disparaître, fait évanouir les choses du monde ambiant. Le monde se retire dans une dimension de non signification. Il y a un néant du monde dans cette perte de signification. C’est par rapport au néant que l’affection se révèle comme angoisse. L’attente préoccupée se confronte au néant. Le Dasein est alors arraché à toute temporalité de l’attente et de la présentification. Il est dès lors impossible que le Dasein rencontre les choses du monde. L’absence de sens du monde révélée par l’angoisse rend impossible au Dasein de se comprendre sur la base de la préoccupation quotidienne. L’insignifiance du monde dévoile l’impossibilité de se projeter vers un pouvoir-être. L’angoisse découvre la nullité du monde. L’angoisse ouvre le Dasein sur sa possibilité la plus propre. Il s’agit donc d’une manière authentique de l’être-été du Dasein. L’angoisse ouvre la possibilité de répétition de la possibilité d’être la plus propre. C’est à partir de l’affectivité de l’angoisse qu’Heidegger pense la possibilité de répétition d’un passé authentique. C’est l’angoisse qui nous donne le sentiment, la tonalité d’une possible décision. La peur trouve sa source dans les choses du monde alors que l’angoisse renvoie toujours le Dasein à lui-même. La peur nous fait perdre dans la confusion des choses du monde alors que l’angoisse est la source d’un recueillement qui permet la répétition du passé le plus propre.
La peur comme l’angoisse se temporalise à partir de l’être-été. Il s’agit d’affections liées au passé. Néanmoins, la peur se rapporte – dans sa temporalisation passée – au présent (inauthenticité) et l’angoisse au futur (authenticité).
Temporalité de la chute ou échéance
Troisième mode de temporalité, après la compréhension et l’affection, il y a la chute ou l’échéance. L’extase temporelle qui correspond à la chute est la perte dans la présence. L’échéance est l’oubli de soi dans le présent. La chute est pensée à partir de trois moments : le bavardage, la curiosité (Cf. Saint Augustin : désir du nouveau, avidité de nouveauté) et l’équivoque.
La chute est pensée par rapport à la curiosité, à partir de ce qui est présent, c’est-à-dire visible. En effet, la curiosité se rapporte à ce qui est visible ; elle privilégie la vue. L’avidité de nouveauté signifie, dans sa dimension temporelle, une attente ; l’avidité cherche à se confronter à ce qui est vue et attendue dans le présent. La superficialité de l’avidité évacue le futur au profit du présent. La présentification de l’attente éloigne le Dasein de sa possibilité d’être authentique. La curiosité présentifie l’objet vu. La curiosité est ici une distraction hors de toute instant de recueillement sur l’être le plus propre. La curiosité est une attente qui est recouverte par le présent. La temporalité de la chute trouve dans la curiosité la manière d’être inauthentique du Dasein.
Aux trois éléments constitutifs du souci correspondant aux trois extases temporelles, Heidegger ajoute un quatrième élément qui vient synthétiser, unifier ces trois éléments. Il s’agit du « parler ». L’articulation du comprendre, de l’affectivité et de l’échéance se trouve dans la parole. La parole est une cohésion qui n’a pas de temporalité spécifique, d’extase propre.
Triple structure de l’inauthenticité :
Gewërtigen = le futur, l’attente → existence
Gegenwërtigen = le présent, présentifier → chute, engagement dans le monde
Behalten = le passé, rétention, retenir → affectivité, être-jeté dans un monde
Il s’agit des trois formes de l’inauthenticité dans lesquelles le rapport à l’être est pensé en rapport avec le présent. Toutes les modalités de l’approche de l’être sont recouvertes par le présent.
Triple structure de l’authenticité :
Vozlaufen = « courir par avance », anticiper → futur, être-pour-la-mort comme possibilité la plus propre
Augenblick = « coup d’œil », instant → présent, retrait par rapport aux préoccupations immédiates
Wiederholung = répétition → passé, être-été
L’authenticité et l’inauthenticité vont, à présent, être rapportées à l’historicité. Toutefois, nous sommes toujours dans un monde ; on ne peut se libérer complètement du monde des préoccupations, on ne peut se dégager de l’inauthenticité. Heidegger pense le problème de la transcendance du monde à partir de la préoccupation.
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De quelle manière la préoccupation engage une temporalité spécifique ? Quelle est la temporalité de l’être au monde ?
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Dans quelle mesure la temporalité de nos préoccupations dans le monde quotidien se rapporte à la science, à la théorie ? Quelle est la temporalité dans le domaine de la théorie ?
- Question de la transcendance du monde.
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